Le voyage de Takoumi

Saison 3

Peter , Peter … c’est Wendy … es-tu aux courants ?

Au matin du départ de Grand Cayman, la météo reste incertaine et l’heure du départ repoussée petit à petit de 9h à 13h, non sans que ce retard ne soit mis à profit pour une sérieuse séance de nettoyage de l’annexe.

Finalement, nous quittons le mouillage presque simultanément avec les copains de Peter Pan, le sister-ship de Takoumi. En mon for intérieur, je souris de constater à quel point il est motivant de voir des amis appareiller : Il ne nous faut que quelques minutes pour décider de suivre leur exemple alors que la navigation qui s’annonce sera d’au moins 5 jours et que les tergiversations ont durées la matinée entière 😉

Nous naviguerons donc de conserve … moins d’une demi journée. En effet, William est convaincu que son salut est dans le Gulf Stream. Il a sans aucun doute raison dans la mesure où son objectif est de rejoindre le Mexique. Pour notre part, atteindre ce tapis roulant des océans requiert un détour de 120 milles dans l’ouest au minimum, à l’opposé de notre destination. Il nous faudrait un bonus de 2 nœuds par heure pendant 60 heures pour ne serait-ce que rattraper ce déficit et enfin bénéficier d’un bonus. Donc, comme Takoumi remonte bien au vent dans ces belles conditions, nous décidons de conserver notre route nord pour viser la pointe Ouest de Cuba … au plus court.
Et ce n’est pas sans un pincement au cœur qu’à 19h le jour même, nous constatons que nous perdons le contact avec Peter Pan quand Aurélie tente de nous contacter à la VHF … Sa voix hachée et presque inaudible ne nous permet même pas de savoir si elle nous entend. L’éloignement nous fait irrémédiablement perdre le contact et plusieurs tentatives d’appels les jours suivants n’y changeront rien.

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Le jour suivant, toujours dans des conditions idéales, Manuela s’en prend de nouveau aux poissons qui peuplent ces abysses. La partie de pêche se solde par une victoire éclatante de ma co-capitaine qui nous remonte une dorade coryphene de pas moins de 76 centimètres !
Belle prise, mais pas sans contrepartie … au cours de l’affrontement, défendant âprement son déjeuner, Manue perd l’équilibre et effectue une galipette involontaire et incontrôlée qui l’amène cul par dessus tête du pont arrière au fin fond du cockpit, plus d’1 mètre en contrebas sans jamais lâcher sa canne.
Nous pouvons en sourire a posteriori, mais sur l’heure, je n’en mène pas large. Quand j’assiste à la culbute, je vois ma féroce moitié rebondir d’un banc à l’autre et je crains qu’elle ne ce soit brisé le cou. Mais Manuela n’est pas que volontaire et déterminée, elle est aussi implacable et se relève derechef pour terminer et remporter la lutte.
Elle en sera quitte pour quelques semaines de douleurs et de séances pommade-Voltarene. J’hésite beaucoup à faire la blague « Franchement, la connaissant, si j’avais du dire qu’il s’agissait d’un accident, qui aurait pu me croire ? », mais le coup est passé si près de la punition que je n’en ai pas le cœur.
Ceci dit, madame dorade ne perd pas complètement la bataille, par delà son trépas et notre délicieux déjeuner, elle nous expédie aux toilettes réfléchir à notre crime.

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Nous laissons ces événements, et l’inconfort intestinal, derrière nous la journée suivante pour un autre temps notable de notre traversée. Comme nous nous retrouvons harassés par la chaleur et encalminés dans une grosse bulle sans vent, nous entreprenons l’activité baignade en pleine mer. Je ne laisse pas passer cette chance car je sais que c’est l’une de nos dernière occasion de vivre ces instants intenses de se baigner loin de tout et surtout du fond de la mer à plusieurs kilomètres sous nos pieds. C’est toujours un moment mélangé d’excitation et d’inquiétudes dont nous ne lasserons jamais.
Aucune mauvaise aventure ne vient perturber ce moment de bonheur et nous reprenons notre route rafraîchis et disposés à batailler avec le vent d’Est qui nous cueillera dès que nous aurons dépassé la pointe de Cuba.

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Justement, la pointe Ouest de Cuba me réserve une surprise. Nous y étions passés de nuit lors de notre descente et j’avais imaginé une côte accore dessinée par des falaises rocheuses. De fait, je me suis bien trompé et le véritable paysage se révèle être une plage tout ce qu’il y a de plus caribéenne avec son décor arboré … légèrement décevant. Je souris encore de cette méprise due à mon imagination et me demande s’il vaut mieux ne pas revenir sur ses pas et conserver intacts les mythes forgés par notre imagination et les circonstances du moment.

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Cette étape franchie, nous entamons notre bord final de remontée vers Key West, face au vent et aux vagues que l’Atlantique amène jusqu’au golfe du Mexique.
Bien que les conditions soient un peu plus difficiles, je goûte avec bonheur chaque instant de ce qui devrait-être nos deux ultimes journées de navigation réellement hauturière et, surplombant le pont de Takoumi et la mer, je me laisse aller par moment à la mélancolie nostalgique d’une aventure qui touche à sa fin.

 

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3 Commentaires

  1. Chantal

    Olivier, ça devient trop dangereux pour Manuela,tu ferais bien de l’attacher au mât pour qu’elle ne se fasse pas de mal… quoique…. elle a quand-même attrapé un poisson, oui, qui s’est vengé mais dont vous vous êtes régalés,alors….. détache la.

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  2. Stéphane

    Bien écrit ! On se régale à vous lire !

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  3. Marco

    Muchas gracias de continuer à nous faire rêver ! Vous avez bien mérité un mojito à votre prochaine escale 😉 que vous boirez à la santé de celles et ceux qui sont au boulot… besos gordos

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