Le voyage de Takoumi

Saison 2

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Salut … et merci pour le poisson !

Après ces huit derniers mois d’exil volontaire dont une bonne moitié contre les éléments, une dizaine de pays visités et le double d’îles ou de lieux merveilleux, voilà plus d’une occasion que nous nous posons la véritable question : « Avons-nous vraiment l’enthousiasme et l’énergie pour rallier la Patagonie » ?.. En quittant Panamá City, forts du sentiment de sérénité retrouvé Olivier et moi nous rendons à l’évidence : nous n’irons pas cette fois dans le Pacifique avec notre bien-aimé Takoumi …

Ces huit derniers mois nous ont apporté toute notre réflexion en plus d’une expérience incroyable, de découvertes, de mer et de rencontres passionnantes. Mais lorsque nous faisons le bilan des critères que nous imposent ce voyage, nous nous rendons bien compte que la balance ne penche plus en faveur de la grande et difficile route du Pacifique Sud.

La saison humide et hivernale se sont imposées, les orages grondent malgré l’absence de vent et un courant contrarie la moitié du chemin. La fatigue s’est également installée à bord de Takoumi et de son équipage dont la motivation s’estompe face à la réalité de la distance qu’il nous reste à parcourir … la même que nous venons d’achever au bout de deux années …

Alors nos cœurs sont assez lourds et ont longtemps hésité à prendre cette décision mais elle est sans regrets. Nous savons que s’entêter à braver les éléments en se voilant la face quant à ses propres envies mène trop souvent à la catastrophe … le voyage de trop, celui qui incite à abandonner le navire précipitamment, sans regarder en arrière. Non, nous aimons trop naviguer pour nous entêter … Le plus important est de prendre du plaisir et de profiter … Et nous avons pleinement profité de ce beau voyage. Il est temps pour nous de changer alors que notre plaisir de naviguer est toujours intact.

Les idées claires et décision prise, une fois rentrés à Shelter Bay Marina, il ne nous reste plus qu’à organiser la mise à terre de Takoumi, une fois de plus immobilisé par la saison cyclonique en Caraïbe. Il nous attendra sagement calé, équipé d’un déshumidificateur pour les 5 prochains mois de pluies torrentielles. Pour notre part, nous prenons nos billets, bouclons nos valises et faisons nos adieux à nos nouveaux amis que nous espérons retrouver dès Octobre pour une rapide visite, et en Décembre pour un dernier appareillage.

 

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À ce jour, nous sommes rentrés en France – encore – et repartirons finir notre voyage la saison prochaine – encore – pour une ultime destination que nous n’avons toujours pas choisie – encore …

Mais en vue d’emprunter d’autres chemins, en partie terrestres sans doute, et à terme de retrouver un pied à terre et de nouveaux projets, autant personnels que professionnels. Voilà, c’est fini …tout au moins … jusqu’au prochain périple qu’il nous appartiendra d’imaginer !

Panamá City

Au terme de cette croisière insolite à bord de Callipyge, nous nous installons au cœur de Panamá City dans l’appartement d’Ariel.

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Très confortables mais exténués, plutôt sales et vidés de toute énergie touristique, nous nous y terrons 24 heures, juste pour profiter des douches, d’Internet et … dormir tout notre soûl avant de descendre découvrir le Casco Viejo, le vieux quartier rénové et incontournable de cette ville aux multiples facettes.

Nous n’allons pas plus loin que le coin de la rue pour commencer, au restaurant Casablanca qui propose un filet de bœuf aux champignons : il nous paraît prescrit dans notre état de fatigue physique, bien que notre moral soit au plus haut !

Nous ne sommes pas dépaysés très longtemps lorsque nous voyons tout l’équipage des catamarans rencontrés sur le lac Gatún débarquer sur la place ! Heureux de nos retrouvailles imprévues, nous formons une grande et belle tablée et passons une soirée festive en leur compagnie, nous remémorant l’épopée.

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Enfin requinqués nous explorons le Casco Viejo le jour suivant, à la lumière du jour et admirons ses églises, ses ruelles, ses places arborées, ses cafés branchés, ses vues imprenables sur l’océan et sa magnifique Ambassade de France devant laquelle nous posons – pour notre cousine Marie qui connait bien cet endroit !

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Panamá City est une vraie ville comme je les aime, moderne et antique au bord de l’océan, nous prenons vite nos marques en la découvrant en métro et à pied et en visitant tous les bars panoramiques de la vieille ville.

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Les commerces de l’avenida central grouillent de magasins, souvent tenus par des chinois, de quelques grands supermarchés et de vendeurs de légumes assis près de ceux qui distribuent les tickets de la prochaine loterie dont les Panaméens raffolent.

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L’avenida de Espana est parsemée de petits bouis-bouis et terrasses avant de rejoindre les luxueuses galeries commerciales du centre de la nouvelle ville, haute en néons colorés et en gratte-ciel imbriqués.

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La ballade du bord de mer longe toutes sortes de complexes sportifs où les jeunes s’entraînent – au lieu de traîner – à la danse, aux majorettes, au foot ou au volley. Des vendeurs ambulants de jus de fruits frais les abreuvent tout du long, avant de rejoindre le marché aux poissons jonché d’un « hawker center » où déjeunent touristes et locaux mélangés.

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J’admire les vieilles barques de pêcheurs qui sèchent encore de leur dernière sortie en mer.

IMG_5195IMG_5200IMG_5203Nous avions imaginé rentrer à Colón en retraversant le Canal à bord d’un autre bateau, mais, disons-le franchement, sur ce plan-là nous nous sommes encore dégonflés…et avons choisi de prolonger un peu de notre confort retrouvé par l’emprunt d’un moyen de transport le plus moderne qui soit : un « ouberre » dans le jargon Panaméen !

D’un océan à l’autre

L’aventure du Canal de Panamá commence par un tableau de petites annonces … La procédure de passage exigeant 5 équipiers par bateau, nombreuses sont les propositions d’embarquement pour ce mythique passage.
Pour notre part, il s’agit de se lancer dans une opération d’apprentissage avant « notre » passage, histoire de maîtriser procédures et manœuvres. C’est aussi une manière de « faire le canal » dans le cas où nous renoncerions à y mener Takoumi.

Ainsi, à peine enregistré au bureau de la marina, nous nous précipitons sur les annonces pour en sélectionner une qui nous semble sympathique, elle est correctement rédigée, suffisamment informative, claire et travaillée pour nous assurer de la bonne volonté du jeune capitaine français dont la « bonne tête » transcende la photo d’identité qu’il a pris la peine d’y intégrer. Et puis surtout, c’est la première que nous voyons et nous nous arrêtons là.

Manuela vous en a déjà parlé dans l’épisode précédent. À l’heure d’aller postuler, un quiproquo nous amène à considérer une improbable embarcation d’acier fait maison au confort sommaire et à l’allure d’épave flottante. Au summum de l’excitation que nous suscite la « chasse à l’embarquement », cette découverte fait l’effet d’une douche froide et tempère sévèrement notre enthousiasme …
Dans le courant de l’après-midi, alors que nous soignons cette baisse de régime en terrasse du restaurant, nous hélons le capitaine recruteur reconnu sur photo pour enfin faire la connaissance d’Andréa, impétrant aventurier inspiré et inspirant à l’allure ravageuse et à la motivation contagieuse.
… Il faudra tout de même deux bonnes journées pour mettre fin à la méprise et apprendre que le bateau candidat au passage est celui d’en face … « Callipyge », fier quillard en aluminium de 36 pieds encombré mais décoré. Entre temps, nous aurons eu l’occasion de nous inquiéter plus d’une fois à l’évocation de son programme ambitieux compte tenu du bateau que nous avons aperçu. Nos réflexions personnelles sont d’ailleurs régulièrement ponctuées d’un laconique « il est gonflé quand même ! » … Et nous aussi !

Les quelques moments partagés avec Andréa avant l’embarquement (rencontres fortuites, déjeuners, apéritifs et dîners) sont mis à contribution pour faire connaissance avec cet ex-entrepreneur-paysagiste de l’île de Saint-Barthélémy. Son enthousiasme nous amène à penser qu’il parviendra à réaliser ses plans extraordinaires : il prévoit une traversée du Pacifique Panamá/Marquises en préambule à une année de dérive solitaire pris par les glaces de l’Antartique … Enfin, solitaire par défaut car de son propre aveu, il ne serait pas contre embarquer une compagne assoiffée d’Aventure … Soyons optimistes, si une relation survit à une première année en huis clos dans les conditions épouvantables des glaces australes, aucun doute n’est possible … c’est « la bonne » 😉

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Toujours est-il que notre route commune avec Andréa débute par l’embarquement pour le passage du canal et la découverte de l’improbable équipage qu’il est parvenu à réunir en plus de vos serviteurs :
* Glen, notre doyen, marin professionnel américain, a le calme, la sagesse et la pertinence cultivés par une grande expérience de la mer. Il fera aussi preuve d’excellentes aptitudes à la sophrologie car Callipyge n’a vraiment rien à voir avec les yachts et maxi-yachts sur lesquels il a plutôt l’habitude d’officier … Nous découvrirons également avec amusement que nous avons une histoire commune : Alors que nous étions à Fort Pierce (ponton D) ce printemps, une copine de ponton insistait (lourdement) pour nous faire rencontrer un capitaine expérimenté (ponton E) ayant traversé le Canal de Panamá à plusieurs reprises … Alors que nous avions échappés à l’entrevue, c’est finalement sur le Canal, à bord de Callipyge que nous rencontrons Glen.

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* Richard, dit « Rich », modèle photo par défaut, voyageur et aventurier par nature. Il a traîné sa frimousse de « Brad Pitt » de Tokyo à Cape Town. S’il aime bien la vie trépidante de Los Angeles, il apprécie bien plus les grands espaces naturels et la montagne où il pratique l’escalade. D’ailleurs, il n’est pas venu en bateau, il devait participer au convoyage du nouveau (mais pas neuf) catamaran du père d’un ami, mais comme on n’a pas toujours de la chance, il participe surtout à sa remise en état ! Co-équipier de dernière minute « parce qu’il en avait envie », il aura son heure de gloire lors de la « mission pizza ».

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* Notre benjamine vénézuélienne, « Princessa » Angélica, « Cendrillon » du restaurant et pourtant titulaire d’un diplôme d’infirmière, profite de quelques jours de congés pour vivre le Canal comme une promenade exceptionnelle. Si je ne peux encore m’empêcher de voir Angelica au travers d’un œil paternaliste, Princessa me fera pleurer de rire à plus d’une occasion et Cendrillon m’inspirera du respect … si ce n’est pour les réalisations, au moins pour l’engagement. Pour ne rien gâcher, Angelica est aussi avenante que très bon public, ce qui nous sauvera la mise à tous quand nous nous apercevrons que le pilote du Canal se révélera être un bavard impénitent et infatigable.

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Et c’est donc après un copieux déjeuner, en début d’un très bel après midi que l’hétéroclite équipage de Callipyge appareille pour l’Aventure du Canal ! La traversée du port Cristobal nous prend une bonne heure pour arriver aux « flats », zone de mouillage d’attente et de récupération de l’advisor (c’est le nom des pilotes officiels du Canal réservés aux embarcations de plaisances), que nous atteignons vers 14h30.

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Notre jeune capitaine est un peu tendu au démarrage de cette importante étape, c’est compréhensible et dans l’excitation du moment nous lui pardonnons sans peine une arrivée « un peu » anticipée pour un rendez-vous prévu à 16h … derechef reporté à 16h30/17h par les officiels du Canal contactés par radio.

Nous passons donc l’après-midi à nous baigner, lézarder et bavarder, bières fraîches en main, sur le pont, dans le cockpit ou dans le carré. Les choses et les équipiers trouvent peu à peu leurs places et leurs marques. Nous commentons le programme qui s’offre à nous : premières écluses montantes en fin d’après-midi, nuit sur le lac Gatùn, réveil aux aurores pour parcourir le Canal et franchir les ultimes écluses descendantes menant à l’océan Pacifique … Une belle aventure bien organisée, bien planifiée et, normalement, sans surprises.

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Un peu avant 16h, nous sommes rejoints au mouillage par un autre voilier avec lequel nous passerons les écluses de conserve. Il est plus grand que nous, propre comme un sou neuf, apparement bien protégé et sans doute bien équipé. Comme nous ne sommes pas jaloux, nous accueillons bien volontiers à notre bord l’équipier qui prétexte une baignade pour venir boire une petite bière avec nous 😉 Le « party boat » c’est bien le notre !

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Au terme de l’attente, un gentil advisor rejoint l’équipage à … 17h30 … je suis tenté de pardonner les 1h30 d’attente bonus, mais dans ce cas, Andréa aurait autant aimé qu’il s’abstienne de nous faire forcer l’allure au moteur pour compenser un retard irrattrapable … sans compter que c’est à cette occasion qu’il nous confie ses doutes et inquiétudes concernant cette vaillante mécanique.

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Toujours est-il que, grande allure ou non, nous n’atteignons la première écluse qu’à la tombée de la nuit. Ente temps, tous ce sont préparés au labeur, et j’ai même l’immense surprise de voir Cendrillon surgir du carré, motivée et équipée de chaussures de pont et de gants de voile … moi qui imaginais Princessa s’étant contentée d’un maillot de bain et d’une paire de lunettes de soleil … ça m’apprendra à juger trop vite …

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Ordres pris, nous passerons les écluses à couple du grand voilier qui se chargera de la totalité des manœuvres. Si l’opération d’accouplement n’avait pas été aussi chaotique et désordonnée, nous en serions un peu chagrinés, mais au résultat des ordres contradictoires qui émanent des advisors à ce moment là, nous en prenons volontiers notre parti. La manœuvre est si désordonnée que je me souviens même répondre vertement à un ordre impossible qui, même après avoir été réitéré 3 fois, demeure impossible. Seule l’attention de Glen et son intervention salvatrice me permettent de tendre la garde dont j’ai la responsabilité.

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Mais la nuit n’est pas la seule à nous envelopper d’un voile menaçant et les nuages s’amoncellent à la verticale de Callipyge pour finalement nous tomber sur la tête à l’entrée de l’ouvrage d’art dans lequel nous pénétrons en compagnie d’un gros porte conteneurs nous précédant, accueillis par des trombes d’eau. C’est ainsi que nous traversons cette première épreuve, trempés jusqu’aux os, spectateurs du calvaire des deux équipiers italiens en charge des amarres de pointe qui ne comprennent rien aux invectives hispanophones et toujours contradictoires des deux advisors traîtreusement retranchés bien à l’abri du luxueux voilier.

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Au troisième et dernier sas, les italiens ont pris le coup demain et le quatrième aurait été parfait s’il y en avait eu un. Mais à cette heure tardive, le calme est revenu sur le lac Gatùn où nous nous déhalons paresseusement pour rejoindre les énormes bouées dédiées au mouillage nocturne. Après une courte soirée, dédiée à la pêche de l’unique poisson qui mordra à l’hameçon et au dîner, nous ne tardons pas à nous coucher, ni vraiment secs, ni vraiment confortables car la chaleur moite est revenue avant même le bateau amarré.

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Le lendemain matin, dès potron-minet, l’équipage est debout, sur le pont équipé et surmotivé pour cette longue journée qui doit nous mener à l’océan Pacifique. L’excitation n’est pas redescendue d’un poil quand la pilotine (bateau des pilotes) daigne pointer son étrave avec quelques heures de retard (encore) … Et c’est tout à notre joie que nous l’observons s’approcher lentement, déposer le premier advisor sur le pont de notre voisin et … repartir sans même un mot, un geste ou quoi que ce soit à notre attention … et surtout en ne nous laissant pas notre advisor.
Déconcertés, nous attendons un signe du voilier voisin nous invitant à le suivre, mais lui aussi appareille dans l’indifférence et quitte le mouillage en nous laissant à notre solitaire perplexité.
Les minutes, puis les dizaines de minutes, s’égrènent dans le vide du lac Gatùn sans qu’aucun signe, officiel ou divin, ne vienne confirmer notre existence ou infirmer notre évidente transparence. Les appels radio répétés d’Andréa restent sans réponse, que ce soit aux officiels, aux cargos qui commencent à peupler le Canal ou même aux oiseaux … Il a tout essayé.
C’est grâce au téléphone de Glen et son forfait tout-terrain que nous avons une explication … À peine l’agent contacté, nous avons confirmation que nous ne sommes pas oubliés, mais « juste » reportés pour peine de mauvaise organisation … Ils n’ont pas d’advisor disponible aujourd’hui ! Je soupçonne qu’au moment où Andrea raccroche en concluant par un jovial « muchas gracias », tout le monde aimerait lui arracher le téléphone et faire passer un mauvais quart d’heure à l’oiseau de mauvaise augure.

Pour autant, les mines réjouies ont laissé place aux masques chagrins à l’aune de la perspective de rester prisonnier 24 heures durant. À ce moment précis où l’ambiance funambule menace de basculer du comique au tragique, j’entrevois le front soucieux de Glen et c’est la mimique catastrophée de « Princessa » qui me départ de ma propre expression résignée pour me rendre le sourire. Quelques dizaines de minutes plus tard, tous optent pour une bonne humeur teintée d’apathie …

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C’est donc dans une ambiance bonne enfant que nous observons un crocodile paresseusement sillonner le lac … juste avant que, à nouveau, le ciel ne nous tombe sur la tête sous la forme d’un violent orage qu’un gros grain marin n’aurait pas renié. Ce dernier avançant sur nous tout aussi lentement que le crocodile, les plus téméraires d’entre nous en profitent pour sortir les savons et se préparer à bénéficier d’une « douche tahitienne » un peu plus agitée et tonique qu’à l’ordinaire.

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L’ondée passée, tous reprennent le cours d’activités diverses. Qui la pêche (sans succès), qui des ballades en paddle (qui prendra son indépendance plus tard dans la journée) ou encore de plus ou moins longues explorations dans l’annexe instable et franchement pas rassurante (je rappelle ici que nous co-existons avec un croco).

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Je retiens un autre moment drôlissime au sujet du déjeuner. Alors que le menu du jour se compose de poulet rôti froid en « buffet » self-service, Notre « Princessa », sans doute déterminée à faire payer notre capitaine sa propre frustration, s’exprime d’un ton si ferme qu’il n’admet ni retard ni objection : « I want some chicken » ! Et c’est dans la franche hilarité générale qu’elle ira se servir elle même 😉

En fin d’après-midi, jamais à court de velléités exploratoires, Rich lance l’impossible mission pizza et entraîne Angélica dans sa quête éperdue de junk food et de bières : Ils ont pour plan audacieux de rejoindre la route qui borde le lac, d’y faire du stop jusqu’au centre commercial et de revenir en taxi. « L’homme qui vit torse nu » en profite pour enfiler un t-shirt quand « Princessa » s’apprête d’une tenue que je soupçonne d’être mieux appropriée à une sortie en boite qu’à ce type d’expédition.
Toujours est-il que l’improbable duo revient bredouille une heure plus tard mais avec un nouveau plan … C’est qu’ils sont tenaces nos Aventuriers ! Ils rejoindront cette fois le « visitor center » de l’écluse pour y retrouver un taxi qui les emmènera et les ramènera … Enfin presque, puisqu’au retour, la route est fermée et qu’ils traverserons, de nuit et à l’estime, la jungle tropicale humide, pataugeant les tongs dans la boue, les bras chargés de leur butin, sursautants sans doute aux nombreux bruits de l’exceptionnelle faune environnante dont la plus terrifiante espèce est sans nul doute les fameuses grenouilles venimeuses.
Et dire que pendant tout ce temps, nous les attendons confortablement installés à bord de deux catamarans arrivés entre-temps et dont les sympathiques équipages de convoyeurs en route pour Tahiti nous ont recueillis à l’heure du « Ti-Punch » …

Quelques heures plus tard, rassasiés de pizzas, abreuvés de rhum, de bières et épuisés par l’inaction de la journée, nous dormons tous un peu mieux que la veille.

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Au matin, à l’heure de la pilotine, c’est-à-dire plus tard que prévu, une légère angoisse étreint les uns et les autres … Mais nous accueillons avec bonheur la venue à bord de « notre » advisor, signe tangible de notre libération.
Ce dernier prend la peine de s’excuser et d’expliquer que l’organisation du Canal perd en efficacité depuis quelques temps. Il aurait été prévenu la nuit même où nous l’attendions … Pour le bien que cela nous fait !

Nous voilà donc repartis sur ce long chemin. L’advisor est vraiment très sympathique et se révèle inépuisable d’anecdotes historiques, de faits techniques et même de quizz-Canal ! 35 ans de Canal, cela laisse des souvenirs ! Plus guide touristique que pilote, nous n’éprouverons aucun besoin d’aller visiter le musée du Canal après ça. Heureusement, nous avons Angélica avec nous et elle tient à la perfection son rôle d’interlocutrice principale alors que les uns et les autres se relaient en fonction du besoin d’alternance soleil/ombre/cigarette. Le bonhomme est vraiment sympathique et serein, quand Angélica lui raconte l’expédition de la veille, il se contente de nous regarder avec un air attristé « elle ne devrait pas me dire ça, c’est interdit » …

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Seul Glen, en mode sophrologie reste à l’intérieur. Nous nous demandons bien comment il fait, d’autant qu’il trouve encore le courage d’une ultime séance vaisselle avant les écluses, peut-être due à la culpabilité d’avoir renversé le plat de fajitas. Il en profite pour méditer sur le comment du pourquoi il est envisageable sur ce bateau d’empiler des assiettes sales au dessus de la pile d’assiettes propres.

À l’approche des écluses, nous aurons la bonne surprise de les passer seuls, c’est-à-dire sans bateau à couple. La manœuvre est donc soigneusement préparée avec les conseils de l’advisor qui se révèle être effectivement posé, expérimenté et respecté par ses collègues. Nous en tenons un bon là … dommage de ne pas pouvoir réclamer « son » advisor à chacun de ses passages.

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Nous enchaînons les sas sans heurts et sans douleur. Sauf pour Manuela qui reçoit sur sa tête l’une des « bolas » envoyées par les éclusiers, heureusement sans conséquence. Les « bolas » sont des poids aux extrémités de cordes lancées par les éclusiers sur les bateaux pour récupérer les amarres. Pour ma part, j’en attrape une à la volée, mais c’est à se demander ce que certains visent vraiment.

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Par contre, alors que le premier sas et franchi en un temps record nous permettant de dépasser les deux copains-catamarans d’hier soir, les deux suivants se font en compagnie d’un géant vert qui ne dispose que d’environ 60 centimètres de marge sur chacun de ses côtés. Ses manœuvres sont donc terriblement lentes et le temps s’allonge, s’allonge …

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Jusqu’au moment magique où la dernière écluse ouvre ses portes sur le Pacifique, moment d’émotion immédiatement salué par une petite bière fraîche sous le « Pont des Amériques » …

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Quelques milles plus loin, Manuela et moi débarquons avec les amarres et parre-battages de location pour aller récupérer les clés de l’appartement que nous louons pour quelques jours à Panamá City. De l’aveu d’Ariel, notre loueur, nous aurons meilleure mine (plus fraîche) quelque jours plus tard lors de la procédure de départ.

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Pour le moment, nous nous contentons d’une douche rapide avant d’aller retrouver notre équipage à la Marina. Comme de bien entendu, nous ne les retrouverons pas à l’endroit prévu et sans le concours d’Ariel dans le rôle du messager, nous les chercherions encore alors qu’ils dînent à quelques dizaines de mètres de là.

Dernier événement notable avant de quitter nos amis, Manuela rejoindra callipyge en annexe, pour récupérer certains effets personnels, sous un magnifique orage … Ajoutez à cela la difficulté de trouver un taxi à cette heure et c’en est trop pour nos épaules fatiguées, la vieille garde prend alors congé et laisse les plus jeunes seuls partir s’encanailler pour un « dernier » verre jusque tard dans la nuit.

Alors nous arrivons à la conclusion de ce journal de traversée du canal. Bien qu’il reste encore une poignée d’anecdotes à raconter à la veillée, l’essentiel est partagé et comme il est de coutume « il est des choses sur le bateau qui restent sur le bateau » …

Pour beaucoup de monde, 24 heures d’immobilité à 6 sur un 36 pieds présagent de moments difficiles … Et bien non, quelle qu’ait été la pénibilité  de la situation et de l’environnement, l’interminable attente transformera notre équipage heureusement dépourvu de vilain coucheur en un groupe plutôt bien soudé face à l’adversité. Modifiant nos enthousiasmes personnels en cohésion et en amitié. C’est sans doute cela un véritable équipage.

Pour notre part à Manuela et à moi, qui naviguons presque exclusivement seuls, c’est un peu une découverte, et nous apprécions beaucoup finalement … Nous Vous apprécions beaucoup !.. Merci à Andréa, Glen, Rich et Angélica d’avoir partagé cette extraordinaire Aventure du Canal avec nous.

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L’eau de Colón

C’est au moteur que nous rejoignons l’eau de Colón peuplée de crocodiles Panaméens et de tankers de toute la planète aux effluves industrielles… Malgré quelques minutes de vent favorable à mi-chemin, nous n’avons pas le temps de dire ouf que celui-ci se calme au profit d’épais nuages semblent-ils omniprésents au Panamá…

L’entrée du Canal de Panamá à l’écoute du Cristobal Signal Station à la VHF est alors une étape majestueuse de notre voyage : si grande que la photo ne peut la rendre .

Un petit mille plus loin à l’ouest nous entrons dans le chenal étroit de Shelter Bay Marina, que nous découvrons comme la première civilisation : le ponton grouille au bout duquel un préau abrite tables de pique-nique et un grand feu de cheminée, l’eau de la piscine miroite à côté d’une terrasse généreuse près des « baños », presque dignes de l’hôtel avoisinant…Première douche chaude depuis longtemps suivie de travers de porc à volonté sur la terrasse surplombant les voiliers.

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Nous nous mettons tout de suite en quête d’un bateau qui prévoit de passer le Canal de Panamá et qui recherche des « Line handlers ». En effet, chaque bateau doit embarquer un minimum de 4 équipiers pour gérer les écoutes – les « lines » -utiles au passage des nombreuses écluses du Canal. Aussi l’embauche d’équipiers temporaires est un business permanent ici, et le tableau d’affichage de la Marina est une mosaïque d’annonciateurs de traversée.

Nous allons frapper la coque d’un tout petit voilier d’allure improbable, inquiétant même, en souhaitant plus que tout organiser cette prochaine aventure. Engagés, nous apprendrons que trois jours plus tard que ce bateau n’était, heureusement, que l’intermédiaire point de contact d’un bateau un peu plus grand …mieux destiné à rejoindre le Pacifique ! C’est comme ça que nous rencontrons Andréa, son propriétaire parti il y a deux mois de St Barth son île natale . C’est un garçon fougueux et inspiré avec lequel nous partagerons un bout de voyage que nous vous raconterons…

Pour l’heure, nous profitons des quelques jours avant la traversée du canal pour visiter Colón. Prévenus que cette ville est dangereuse – pour de vrai – nous demandons au guide « taxi » Stanley de nous y emmener. Le spectacle de maisons anciennes qui s’écroulent me laisse sans voix, accompagné d’odeurs nauséabondes persistantes aux abords du marché noir que nous n’aurons même pas le droit d’arpenter…Stanley un peu inquiet lui-même, préfère nous enfermer dans sa voiture le temps d’y faire une course que nous lui avons commandée…
L’autre visage de la ville de Colón est la Free Zone où touristes et marchands du monde s’interpellent dans la cacophonie et l’anarchie. C’est une zone grise gigantesque encerclée de grands murs et de barrières infranchissables au milieu de la ville.

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La Marina en est assez éloignée, au milieu de la jungle et d’anciens quartiers militaires américains aujourd’hui abandonnés, le seul moyen d’en échapper en dehors de quelques heures de pointe est d’emprunter un ferry pour traverser la baie de Colón. Notre première nuit sans orage est un bonheur retrouvé et j’apprécie de pouvoir boire mon café seule et de me baigner au lever du jour dans la piscine de l’hôtel. Entre deux averses, la chaleur et l’humidité s’installent chaque jour de manière étouffante, seules quelques promenades dans la jungle nous offrent un peu de fraîcheur et de dépaysement, à la rencontre des singes hurleurs et des moustiques dévorants !

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La vie de Shelter Bay nous comble tant nous rencontrons de personnes sympathiques et diverses, dont Eric un français qui travaille sur la construction d’un nouveau pont impressionnant qui reliera un jour …les deux bords de la baie…Il est généreux et passionné et nous faisons plus d’une fois la fête ensemble ou en compagnie d’autres navigateurs de passage. L’équipage entier américano-mexicain de « Uncruise Adventures » nous fait partager un peu de leur quotidien d’aventures en Alaska et en Amérique centrale…Et Rodrigo, un skipper chilien nous rejoint pour échanger sur les mœurs de son grand pays que nous comptons visiter bientôt. Des amitiés se forment et nous garderons un joli souvenir de tous ces moments notamment le soir de l’anniversaire d’Olivier qu’il n’est pas prêt d’oublier.

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Jusque la veille de notre départ, quand Eric nous fait l’ultime surprise de nous rejoindre sur Takoumi pour déguster le verre de l’amitié avec une bouteille de vieux « Ron » Abuelo, l’excellent rhum de Panamá. Tout cela dans la spontanéité et pour le plaisir de partager, la vie chaleureuse de Shelter Bay nous à comblés d’amitiés nouvelles que j’espère préserver.

Ma campagne au Panama

Fortement conseillée par de nombreux navigateurs et quelques amis, nous avions initialement choisi d’atterrir à Panamarina, une petite Marina 28 milles à l’est de l’entrée du Canal de Panamá et de la ville de Colón. Mais faute de place, ou de bonne volonté d’après mon expérience, nous avons fini par poser l’ancre à Baya Linton entre le village et une autre Marina à Puerto Linton.

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C’est la « campagne » version forêt tropicale humide et nous retrouvons avec plaisir des paysages qui nous rappellent la Guadeloupe – les toucans et les singes hurleurs en plus ! Nous passerons une semaine agréable dans cette région de la province de Colón, nichée entre îlots, mangrove et sommets éloignée de tout.

Il s’agit tout d’abord de rentrer officiellement au Panama, procédure aléatoire si l’on en croît divers plaisanciers. L’officiel solitaire des autorités maritimes du préfabriqué de Puerto Linton nous demande – d’entrée – de payer 180 dollars « cash » de « Permiso de navegación » annuel pour Takoumi. Seulement voilà : nous n’avons que 130 dollars en poche et la première banque est à plus d’une heure de route – en bus coloré local qui ne passe plus cet après-midi…Qu’à cela ne tienne, l’officiel demande au gardien de sécurité de nous emmener – pour 20 dollars…- au village le plus proche, Portobello retirer de l’argent à la supérette chinoise. En fait, toutes les supérettes sont tenues par des chinois au Panama et ceux-ci profitent de l’absence de banques pour nous sur-facturer le dollar sur nos visas avec une commission de 12% ! Pour le sourire et l’amabilité ce doit être plus cher…
Évidemment, concernant l’immigration que nous devons saluer dans les 72h, nous devrons revenir un autre jour à Portobello : en effet, le bureau qui s’y trouve couplé à l’office du tourisme est fermé et n’ouvre que le lendemain – ou le surlendemain, l’officiel nous prévient que c’est parfois…aléatoire!

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De retour à Puerto Linton nous découvrons une Marina ouverte mais clairement en chantier. Il y a deux pontons assez fréquentés, une station service, une grue toute neuve et heureusement pour nous, The bitter end » un bar à flot (et non bar à flotte) qui vient d’ouvrir le mois dernier. Malheureusement cet endroit convivial tenu par un italien et une péruvienne américaine d’origine philippine je crois, fermera avant notre départ pour mauvaise relation avec le manager de la Marina…Nous profitons de notre situation géographique assez centrale dans la baie pour visiter les deux autres endroits intéressants du coin : Panamarina et le village de Puerto Lindo.

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Que dire de Panamarina : eh bien, ce trou dans la mangrove développé par un couple Français est bien protégé mais difficile d’accès. Le restaurant est un peu cher mais agréable et les grillades excellentes. Le chantier paraît être le délire enfantin de son gérant qui propose de sortir les bateaux avec ce qui ressemble à un tracteur trafiqué…Sa compagne gère le « parc » de bateaux à la tête du client selon l’humeur et ne m’a pas inspirée totale confiance, d’ailleurs nous n’avons jamais réussi à convenir d’une place durant et après notre séjour à Linton. Ce qui n’était je l’avoue pas pour me déplaire parce que l’endroit est protégé certes, mais très humide et accueille plus de moustiques que d’humains ! Pour résumer, expérience en demi-teinte mais inachevée puisque nous n’y sommes allés qu’une paire de fois en touristes pour y déjeuner et laver notre linge.

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C’est finalement le village de Linton qui m’a le plus séduite. Facile d’accès en annexe sur le petit ponton du bar restaurant de Hans et de sa famille. C’est ici que nous avons pu remplir nos bonbonnes de gaz et rencontré nos deux bateaux voisins du mouillage : un américain, un nouveau-zélandais et un Sud africain avec qui nous passions pas mal de temps à partager nos expériences et refaire le monde. Rencontres insolites et qui me passionnent : l’un navigue en solitaire depuis l’Angleterre, l’autre voyage à bord et vit « sur la route » depuis trois ans, le troisième embarque des équipiers. Nous sympathisons également avec Marteen, le jeune fils de Hans qui nous parle de sa vie à Linton, ses études et ses aspirations. Plus loin sur le rivage nous rencontrons un autre jeune homme aventurier, Thomas , au club de plongée café wifi tenu par des turques francophones avares en amabilités. Il a acheté une moto à New York et à déjà parcouru le chemin jusqu’au Panamá. Il souhaite visiter l’Amérique du Sud comme nous, mais sa prochaine étape est compliquée parce qu’il n’y a pas de route entre la Colombie et le Panamá…Lorsque nous l’avons quitté il envisageait de vendre sa moto américaine pour acquérir un triporteur colombien. Nous avons hâte de découvrir la suite de son périple!

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En parallèle de notre vie sociale intense nous faisons de belles ballades en bus local pour rejoindre Portobello et en annexe pour apercevoir les singes de l’île Linton, traverser un long tunnel de mangrove et nous baigner sur les coraux de l’îlot privé en face du bateau.

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Chaque nuit nous essuyons les orages, même au mouillage, l’un particulièrement violent qui semble avoir foudroyé trois voiliers de notre voisinage. Nous discutons beaucoup de la suite de notre voyage, le temps se détériorant nettement en ce début de saison humide.

Que faire ? : visiter l’archipel phare de la région, les San Blas à l’est ou passer le Canal pour rejoindre le Pacifique ? Nous sommes indécis à ce stade et un peu démotivés par le mauvais temps pour visiter des îles quand bien même magnifiques…nous décidons plutôt de rejoindre « la ville » de Colón en face de laquelle nous savons qu’une Marina accueille les bateaux qui se préparent à traverser le Canal de Panamá : en route pour Shelter Bay !

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L’autre visage de la mer des Caraïbes !

Pour notre traversée de la zone la plus inaccueillante de la mer des Caraïbes, de « Grand Cayman » au Panama, nous avons été pour le moins mal inspirés puisque nous nous sommes fourvoyés au sujet de la route à suivre; de la durée de trajet; de la fenêtre météo et des prévisions … en quelques mots, nous nous sommes « bien loupé comme il ne fallait pas … là où il ne fallait pas ».

Il devait s’agir d’une traversée en père peinard … 5 jours en ligne droite au travers d’un vent absent et de pluies éparses le dernier jour … Il nous en coûtera 7 jours de vent de près dans un champ de montagnes liquides copieusement arrosées par de systématiques orages nocturnes.

Bon, j’en rajoute à peine. Nous prenons les deux jours de retard d’entrée, et si ce n’est une « légère » correction de route pointant sur la Jamaïque, ces deux journées perdues pour « reprendre de l’Est » se font dans de bonnes conditions.
Au second soir, nous prenons enfin notre route nouvellement définie pour éviter les courants contraires et les hauts fonds des côtes du Nicaragua.
Nous déplorons quand même la casse du chariot d’écoute de génois, suppléé par une sérieuse garcette qui plusieurs semaines après est toujours en usage … c’est une assez mauvaise nouvelle pour nous car ce type d’accastillage (qui plus est, date de 37 ans) est aussi courant dans ces contrées qu’un « singe hurleur » en haut de l’Empire State Building …tout le monde l’a vu à la télévision, personne en vrai 😉

Cette seconde nuit, alors que nous nous éloignons enfin de la Jamaïque, marque le début de notre mauvaise période météorologique. Forcément, avec 36 heures de retard, la fragile fenêtre météo se referme sur nous. Donc, à l’heure où le premier prend son quart et l’autre se repose du sommeil du juste, le radar annonce un grain … si étendu, avec un diamètre de plus de 6 miles nautiques en expansion, qu’il n’est pas question de l’éviter.
Comme un haut fond nous refuse la fuite vers l’Ouest (à 10 miles, une grosse heure dans ces conditions), nous choisissons de rentrer les voiles et d’affronter le mauvais temps au moteur. À ce moment là, l’orage nous « tombe dessus » avec moult éclairs, cataractes ininterrompues d’eau et grosses rafales … autrement dit … nous avons deux minutes de retard pour les manœuvres … comme des bleus … comme si nous n’avions rien appris de deux ans de navigation … honteusement en retard.
La bataille pour rentrer les voiles est donc sérieuse, la pluie déchaîne sur nos têtes des hectolitres d’eau et le vent fort nous oblige pour la première fois de notre voyage à utiliser un winch pour enrouler le génois.
Dans la bagarre, Eole, sans doute contrarié de nos efforts, emporte la bouée de survie et sa lampe à retournement. Je la regarde s’éloigner sous l’orage nocturne sans autre pensée que de constater le bon fonctionnement de l’ensemble.
À ce moment, Manuela constate 12 nœuds de vitesse au gps pour 35 nœuds de vent arrière … (je fais le calcul pour vous … 47 nœuds de vent vrai … sans commentaire.)
Heureusement, nos manœuvres s’achèvent vite, sans autres pertes, et quelques minutes plus tard, nous faisons route au moteur … trempés et fatigués … mais saufs.
… Nous ne sortirons de l’orage que 6 heures plus tard …

Et c’est ainsi que les 5 jours suivants s’enchaînent dans l’inconfort, rien ne sèche vraiment à bord et l’humidité se fait sentir, (très) grosses vagues de travers qui s’invitent sur le pont le jour, partie de cache cache avec les orages la nuit. Nous avons quand même plus de réussite et ne nous faisons plus prendre par surprise.
C’est un jeu éreintant qui, si l’on souhaite vraiment l’emporter, nous impose une veille constante et de perpétuels ajustements d’allure et réglages de voiles, mais ainsi, nous ne vivons pas d’autres « gros événement » avant l’ultime nuit de navigation.

Le problème de l’atterrissage après une semaine de navigation est que nous ne disposons pas vraiment comme bon nous semble de notre heure d’arrivée. Il est évidemment difficile d’accélérer quand l’objectif a été, 5 jours durant, de parcourir le chemin aussi vite que possible … mais aussi (c’est psychologiquement subtil) de ralentir …
Nous arrivons donc à quelques heures des côtes Panaméennes à la tombée de la nuit. Comme les orages sont encore (et toujours) de la partie. Nous passons la nuit au moteur à faire des ronds dans l’eau pour éviter les zones de pluie … comme les autres nuits en somme … mais sans avancer vers notre but.

Au lever du jour, les orages grondent toujours, et partout bien que plus faiblement, quand il nous semble apercevoir une trouée dont nous pouvons profiter pour nous précipiter vers la côte, ses eaux calmes et ses abris. C’est au cours de ce dernier effort, à l’heure du quart de Manuela que le dernier orage se reforme sur nous et malmène notre Takoumi une dernière fois avant d’atteindre notre but : le Panama, nous y sommes enfin !

Dernière Caribéenne aux Cayman

Deux iles se disputent le Sud de Cuba, la Jamaïque à l’Est et les Iles Caymans à l’Ouest. Chacune évoque pour moi un film de Tom Cruise avant qu’il ne devienne complètement « TocToc » … « Cocktail » avec le fabuleux morceau de musique « Kokomo » et la scène culte « Jamaïca Jamaïca » … « La Firme » où une plongée sous-marine donne au jeune et gentil avocat l’occasion de réunir les preuves qui lui assureront de s’extirper du nid de vipères où il s’est laissé coincer … Bien entendu, cette introduction a comme unique but de vous encourager à voir ou revoir les vielles gloires cinématographiques citées et d’écouter les « Beach Boys ».

Comme nous venons de l’Ouest de Cuba, « Grand Cayman » s’impose à nous comme l’étape la plus évidente pour notre route vers le Panama. Si proche du départ et tellement moins emblématique que sa grande voisine, nous aurions été tenté de la snober … Mais nous aurions grandement eu tort !

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Pas grand chose à dire sur l’arrivée, si ce n’est un quai abrupte et menaçant, un bon accueil des officiels malgré une fouille trop minutieuse longue et harassante … pour le douanier inspecteur un peu trop fort pour se glisser dans les coursives, moi ça va, merci 😉
Pour compléter le tableau, nous profitons de bouées gratuites tout au long de notre séjour, face à la ville, aux quais de commerce et à l’ombre des bateaux de croisières. Tout ceci dans une eau incroyablement claire et constellée de magnifique coraux que nous aurions pensé incompatible avec le niveau d’activité.
D’ailleurs, nous ne bougeons pas de tout notre séjour, avec une bouée idéalement placée, un snorkeling impressionnant dans la baie, un accès facile à terre pour la découverte, pourquoi bouger et se rendre dans le lagon du centre de l’île dont la particularité est de présenter un accès particulièrement difficile pour les bateaux à fort tirant d’eau ? En plus, sans être loin de tout, il n’est prêt de rien, sinon de deux marinas perdues loin des facilités de la ville.

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Finalement, pour nous, Grand Cayman est avant tout une terre de « civilisation » et de rencontre :

« Civilisation de la consommation » dans un premier temps car l’île, bien que teintée d’accent carribeen, est très fortement marquée par l’influence américaine. Voirie, zone de bureaux/loisirs accueillant grandes entreprises et restaurants huppés, quartiers résidentiels de bon niveau incluant des pontons privatifs … L’économie locale semble avoir la pêche !

Terre de rencontre au cours de notre premier dîner en ville où nous faisons la connaissance de Bruno, qui nous réserve le meilleur accueil possible chez « Guy Harvey », le meilleur restaurant du bord de mer (La pièce de bœuf y est exceptionnelle et malgré un prix prohibitif, nous y reviendrons). Nous établissons d’ailleurs notre quartier général sur la terrasse de l’établissement pour la durée de notre séjour. Wifi d’enfer, produits de qualité et personnel bienveillant emportent notre adhésion.

La visite de l’île est menée bon train. Nous entamons la visite de l’île dans une voiture de location (agence face au bateau, bonheur !) avec une liste des points d’intérêts sélectionnés par notre nouvel ami.
Plages visités par les tortues, côte déchiquetés par l’érosion produisant de grandes gerbes d’eau appelées « blow holes », restaurant local de poisson frit sur la plage, restaurant français sans français et pointe aux étoiles de mer … la matinée est menée tambour battant.

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Une curiosité tout de même : tout est à vendre ! À chaque maison, chaque terrain, son panneau « for sale » … Alors que j’y pressens un signe de faiblesse de l’économie locale, il semble, selon Bruno, que ce soit plutôt le fait d’une culture « Monopoly » où vendeurs et acheteurs sont toujours à l’affût d’une bonne affaire.

À l’heure du déjeuner, nous nous retrouvons dans un complexe touristique, et malgré l’horreur que nous inspirent normalement ces lieus, nous en profitons pour nous offrir un embarquement pour aller nager dans le lagon avec les raies, une des principales attractions touristiques de l’île. C’est ainsi que nous nous retrouvons à bord d’un vulgaire « promène touristes », armes de masques palmes, tubas et énormes sandwichs à emporter (urgence oblige) pour une aventure que finalement, nous aurions regretté de bouder.

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J’ai toujours une attitude assez circonspecte face aux activités touristiques ayant un fort impact sur la faune. Mais force m’est de constater que dans le cas présent, ce sont bel et bien les raies qui poursuivent les touristes « parfumés aux calamars » et hurlants de terreur 😉

Nous continuons notre « road trip » en retournant à l’ouest de l’île pour y découvrir des zones résidentielles (avec canaux et marinas, s’il vous plaît !), la zone d’activités en expansion de « Camana Bay », savant mélange de « La Défense » et de zone commerciale., ainsi que la « French Bakery » de Silviya et Bruno, leur nouvelle aventure !

À la nuit tombante, nous concluons cette journée « découverte » dans un « chouette bouiboui local », de bord de mer, le « Heritage Kitchen », dont le décalage caraïbes/amérique nous ravi.

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Plus tard dans la semaine, Bruno nous emmène en promenade pour voir le « Carnaval alternatif » : une procession joyeuse, bruyante, dansante et copieusement arrosée. Cette journée est placée sous le signe de l’amitié et de la découverte de l’univers de Bruno et de sa famille avec laquelle nous poursuivrons jusqu’après le dîner.

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Après tout ça, les préparatifs annoncent le départ. Et si remplir les cuves de « diesel et d’eau » au quai des bateaux à cargaison est une aventure en soit, le supermarché est lui à porté de pieds …

Une dernière référence pour saluer Bruno et l’île de « Grand Cayman » : « See you lator Alligator, not for a while Crocodile » !

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Cuba Diving

Suite à 60 heures en mer – dont une nuit calme, l’autre rocambolesque – nous arrivons à Maria La Gorda, site de plongée « international » incontournable des Caraïbes. Le mouillage est magnifique et désert mis-à-part les trois bateaux de plongée du resort qui occupe tout le rivage. Arrivés de bon matin, nous nous amarrons à l’une des 5 bouées dont seulement 2 sont ainsi vraiment disponibles pour les plaisanciers – qui auront néanmoins la jolie surprise de ne les payer que 30 centimes de CUC par jour.

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Comme il est encore tôt, nous souhaitons nous reposer avant de rejoindre la terre, mais sommes « klaxonnés » par l’un des bateaux de plongée nous sommant d’aller voir le « responsable du port »…un jeune homme prénommé Haciel enregistre notre arrivée, une bonne heure durant, dans un minuscule petit bureau sans fenêtre mais climatisé, où il dort également pendant 15 jours…

Contrairement à notre habitude, le resort « sportif » et eco-friendly car organisé autour de l’activité plongée, nous accueille comme ses hôtes et nous pouvons profiter de toutes leurs installations : plongée, restaurant et bar à prix raisonnable et centre médical… Je me ferai même faire faire un massage par l’infirmier…urgentiste, reconverti depuis deux mois à ce nouveau poste !

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Il va sans dire, nous participons à une plongée organisée sur la barrière de corail qui est splendide, bien que nous l’avouons, un cran en dessous de notre dernière plongée à petite anse en Guadeloupe avec notre cousine Sylvie…Et puis….eh bien c’est tout ! Parce qu’il n’y a absolument rien d’autre à Maria La Gorda, petit paradis solitaire loin de tout…

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Si loin et compte-tenu des difficultés de déplacement des Cubains qui ne possèdent généralement pas de véhicule personnel, que les employés de Maria La Gorda viennent y travailler minimum 3 à 15 jours d’affilée logés sur place. C’est bien le premier pays où nous réalisons être plus mobiles que ses habitants, à bord d’un bateau à 10 km/heure en moyenne !

Nous repartons au bout de trois jours mais seulement après les formalités de « despacho » obligatoires pour tout navire quittant le port. Pour bien appréhender l’importance des formalités ici, il faut se rendre compte que, à chaque sortie, trois fois par jour, les bateaux de plongée du site sont assujettis à le même paperasserie. J’ai conclu de ces multiples expériences que la procédure régnait à Cuba, qu’il ne fallait pas être pressé, mais que si tu suivais la procédure, tu pouvais presque tout faire parce que l’on ne nous a jamais rien refusé concernant nos projets de navigation. Par exemple, pour un départ nocturne, c’est tout à fait possible, mais le gardien du temple de La Guarda Frontera doit justifier sa présence exceptionnelle de nuit afin d’effectuer les formalités de ton départ (nous soupçonnons quand même qu’il faille faire preuve d’un minimum de sociabilité et d’empathie pour bénéficier d’un tel traitement). Nous n’avons finalement pas opté pour cette option, mais je suis certaine que la procédure nous aurait comblés, au rythme lent des Caraïbes….

Nous quittons Maria La Gorda en direction de Cayo Largo le 2 Mai, et naviguons à côté de dauphins le soleil couchant…Et surtout, d’une baleine au lever du soleil, instants rares et incroyables qui nous apaisent avant une prochaine nuit houleuse en mer.

Nous profitons d’un mouillage à Cayo Campos dont l’entrée est très étroite et l’envergure faible, avec très peu de fond pour s’ancrer derrière la barrière de corail. Mais l’accueil d’une tortue géante et une superbe ballade aquatique sur le reef rendent l’étape intéressante.

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Le lendemain nous rejoignons le mouillage du Canal del Rosario, accueillis cette fois-ci par les pêcheurs dont nous dégusterons les dernières langoustes pour seulement 3 CUC : repas du soir succulent !

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Nous n’arrivons à Cayo Largo que le 5 Mai pour notre dernière étape cubaine, la moins intéressante malheureusement : la Marina est très sale, chère et décevante. Il nous semble même y voir et ressentir les prémices du côté néfaste du tourisme et des investissements étrangers déjà bien présents. Quand bien même, nous y passons de très bons moments en compagnie de nombreux voisins Russes et Ukrainiens.

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Même si les distances sont grandes, la mer est petite et nous avons la bonne surprise d’y retrouver par le plus grand des hasards Vincent, notre médecin formateur de la Grande Motte (en 2015 !?). Après qu’il ait formé des légions d’aspirants au Grand Voyage, nous sommes heureux de le croiser sur sa propre route : lors de la formation, nous avions ressenti de sa part une véritable envie de s’élancer à son tour (et peut-être même un peu d’impatience). Finalement, à bord de Madgic, son épouse et lui nous ont rattrapés.
C’est aussi l’occasion de sympathiser également avec leurs amis de Tao que nous espérons peut-être revoir au Panama.

Olivier et moi prenons conscience à ce stade de l’importance de ces rencontres sans lesquelles le voyage ne nous suffit pas, et le rythme de notre périple nous laisse parfois bien seuls et un peu démotivés n’étant pas ou peu enclins au vide de partage. Il nous plait d’ailleurs de prévoir de rejoindre Madgic à Grand Cayman dans un jour ou deux. En fin de compte cette rencontre n’aura pas lieu parce que nos projets changent continuellement en voyage. Mais au départ de Cuba, cette perspective nous a accompagnés dans notre ferveur à rejoindre une nouvelle île des Caraïbes, que nous savons bien différente de celle que nous quittons et aimons. Cuba nous a tranquillisés quelques semaines durant, et je l’espère, un peu plus éloignés de nos traditions de consommation.
Et je terminerai par poser une question que tous les Cubains auxquels on s’est attaché nous ont posée : quand reviendrez-vous?

Cuba Turistica

Nous sommes si heureux de quitter l’environnement désolé de la Marina que nous partons tôt, sans autre renseignement que celui de nous rendre au terminal de bus Viazul d’où partent les bus « mixtes » pour Viñales. Nous embrassons même l’opportunité de vadrouiller s’il le faut, n’ayant pas consulté les horaires, ou réservé de billet en ligne, ni même prévu d’hébergement à l’arrivée.

Pourquoi « mixte », eh bien parce qu’Il existe 3 réseaux distincts d’autobus à Cuba, du plus abordable au plus cher certainement climatisé : le bus réservé aux Cubains, les Viazul qui acceptent les touristes et le bus touristique dont j’oublie le nom – mais visible devant tous les hôtels et « resorts » du pays. Optimistes, nous arrivons au terminal et nous mettons dans la queue prévue pour les personnes sans billet. Avant-derniers dans la file au terme d’une longue attente, la gentille dame du guichet nous explique qu’elle ne commence à vendre les billets pour Viñales qu’une demi-heure plus tard…C’est le dernier bus pour nous y rendre aujourd’hui. Nous convenons donc de revenir et profitons de ce temps libre pour acheter de l’eau, le voyage durant près de quatre heures…

Pendant notre courte absence, une nouvelle file s’est construite autour de la gentille dame…Nous ne sommes ni pressés, ni resquilleurs donc nous y mettons naturellement à l’indienne à présent en…septième position. Mais durant l’attente les personnes autour de nous s’énervent, critiquent et ne comprennent pas…Il suffit pourtant d’observer : la gentille dame maintenant courageuse, traite les demandes de personnes qui paraissent nous passer devant, parce qu’elles ont réservé leur place à l’avance ou sont là pour acheter un billet pour un autre jour. C’est logique et j’avoue avoir compati avec l’officielle en charge et critiqué pour ma part nos voisins impatients…à force d’essayer de leur expliquer, et pour finir leur demander simplement de réfléchir??? Ils ont été encore plus surpris lorsque la gentille dame est sortie de son dominant guichet pour leur dire que nous étions les premiers dans la file – et nous y replacer ! Elle se souvenait de nous et il me semble que les Cubains ont un sens très prononcé du respect et de l’égalité. Pour finir, il ne restait plus que quelques places dans le très attendu bus et c’est grâce à son intervention que nous avons pu le prendre ! Le voyage fut long mais bien plus rapide qu’en voilier .

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Arrivés à Viñales en fin d’après-midi, il ne nous est pas difficile de trouver un hébergement : nous avons un comité d’accueil constitué de femmes proposant leur maison – leur  » casa particular « aux touristes tout frais tombés de l’autobus. L’insistance d’Odalys, qui va jusqu’à nous poursuivre autour de la place de l’Eglise à cette occasion, aura raison de nous et nous voilà partis à travers le village au pas de course derrière elle pour découvrir la chambre qu’elle nous a joliment préparée. Sa maison est typique et semée de passages et de recoins, très ouverte et offrant une vue magnifique de la région. Nous avons de la chance !

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Nous découvrons alors le village de Viñales aux abords d’une vallée bordée de montagnes verdoyantes et nous y reposerons au calme de la campagne malgré l’intensité du tourisme. Toute sorte de véhicule y circule du camion des années 60 à la carriole de jockey que nous ne nous lassons pas de regarder passer d’une des nombreuses terrasses près du marché artisanal. Celui-ci me ravit parce qu’enfin, je trouve de l’artisanat local – enfin « Cubain » et non pas Thaïlandais – ce qui me manque beaucoup depuis le début de notre voyage. Et d’une manière générale il me paraît que les Cubains travaillent toute sorte de matériaux avec labeur et précision et en particulier le bois que nous observons dans les nombreux restaurants dont il constitue le mobilier de grande qualité.

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Nous dînons chez Odalys, seuls sur le perron en bois face aux montagnes majestueuses – servis par Magali avec qui nous discutons de notre aventure. Son grand-père était marin si bien qu’au petit matin avant notre départ, elle insiste pour nous offrir un tableau de la Vierge, patronne de Cuba qui nous protégera au cours de nos navigations.

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C’est ainsi que le je promène de large en long la Vierge imposante qui dépasse de mon sac à dos dans le village jusqu’à la muraille préhistorique que nous décidons de visiter, boudant les ballades à cheval organisées dans la vallée. Bon, la muraille préhistorique…date de…1960 environ et se révèle n’être qu’une fresque impressionnante à même la pierre retraçant l’évolution de façon naïve et colorée. Un peu déçus, nous entamons le sentier jusqu’au sommet, le « mirador » mais rebroussons rapidement chemin pour ne pas y risquer une ou deux jambes cassée!

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Il est donc temps de repartir ce qui n’a rien d’évident après le départ du dernier bus pour La Havane…Nous convenons avec un premier taxi d’effectuer le trajet en Taxi Collectivo pour réduire les frais. Celui-ci nous donne rendez-vous après le déjeuner et se met à la recherche d’autres touristes pour partager notre course – nous ne reverrons jamais ce bon monsieur malheureusement ! Nous rencontrons ensuite Alex, un intermédiaire – plan un peu foireux – qui nous promet d’honorer le second rendez-vous sur la place de l’église quelque demie-heure plus tard. Le taxi – un combi Wolsvagen – lui est présent, mais là ce sont les autres touristes pourtant engagés qui nous font faux-bond !? Nous finirons par négocier avec notre conducteur un trajet qui se finira directement à la Marina au lieu de La Havane – pratique pour nous – et en compagnie de plein d’autres voyageurs Cubains recueillis sous les ponts de l’autoroute en chemin. Eux profitent ainsi du service de transport collectif local, celui-ci étant organisé et prévu, qu’ils paient 2 euros pendant notre trajet à 40….Cette méthode de déplacement à Cuba est signalée par une pastille bleue sur le pare-brise de la plupart des voitures dont la majorité sont des taxis, qui s’engagent à s’arrêter un peu au hasard des croisements où patientent de petits voire grands groupes de personnes.

Enfin de retour au bateau, nous sommes immédiatement invités à bord du bateau de nos nouveaux voisins américains, tous deux retraités de l’industrie pétrolière que j’ai un peu côtoyée quand je développais des formations. Nous échangeons notre vision de l’évolution certaine de Cuba, discussion intéressante mais à laquelle je coupe court lorsque je sens les limites de cet échange à l’évocation d’un développement lié uniquement aux valeurs « Business » américaines. Fort de notre expérience, Olivier et moi défendons les valeurs cubaines que nous croyons plus complexes et humaines et leur intérêt n’est certes pas de tout vendre aux nombreux investisseurs qui s’annoncent très prochainement sur cette île encore très sauvage et préservée.
[note de l’autre voyageur : ] Pour être plus explicite, l’ange capitaliste considère les nationalisations issues de la révolution comme un vol manifeste perpétré par un voisin belliqueux et malhonnête. Pour ma part, je me demande bien comment aurait pu réagir autrement un gouvernement socialiste, soucieux de son indépendance et de ses valeurs (quelles qu’elles soient) face à un voisin gargantuesque, véritable ogre dévoreur de culture et « Bully » continental farouchement déterminé à lui pourrir la vie ? [fin de là remarque engagée et anti-impérialiste]

Nous sympathisons plus naturellement avec nos autres voisins Québécois Maurice et Bernadette sur Romanichel avec qui nous tentons de résoudre les problèmes de « pouvoir » – alias électricité chez nous – en panne sur tout le ponton. Il paraît qu’on y est pour quelque chose car le pouvoir s’arrête dès que nous revenons à bord. L’énigme restera entière et si nous n’avons pas le temps de partager un apéritif avec nos voisins, rendez-vous est pris dans un prochain port dans l’espoir que nos chemins coïncident à nouveau à l’avenir.

En attendant la vie de la marina Hemingway reprend vite son cours, linge, avitaillement et préparation des prochaines étapes autour de l’île que nous contournerons par l’ouest. Le départ s’accompagne de longues formalités courtoises comme à notre arrivée, suivies malheureusement d’une fâcheuse rafale de travers repoussant puissamment Takoumi sur le ponton officiel en béton, dont il porte désormais les stigmates…

Cuba Tranquila

La navigation au sud de Key West – une fois n’est pas coutume – s’est transformée en programme de lavage avec maxi-essorage, mais voilà…nous sommes arrivés à Cuba! Et nous avons adoré cette île, ce pays…

D’entrée les longues « Formalités » s’avèrent courtoises et bien organisées au ponton des officiels de la Marina Hemingway : mise sous scellé du téléphone satellite, visite du médecin thermomètre en main – un peu courbaturés, sous un soleil plomb et en manque de sommeil, nous craignons le résultat – mais n’affichons que 36 et quelque, nous sommes en grande forme dis-donc ! Bien plus tard dans la journée nous rencontrons l’un des 4 commandants du port pour signer un contrat – étrangement digne d’une entreprise américaine -et l’agriculture qui scrute scrupuleusement nos vivres : très bonne nouvelle : nous pouvons garder notre bacon parce qu’ils tolèrent depuis peu, une quantité raisonnable d’aliments frais à bord – du moment qu’ils ne quittent pas le bateau durant notre séjour…Rien d’illogique jusque-là et la question récurrente de la bicyclette s’explique en fin de compte, par la crainte des parasites incrustés dans les pneus!

Nous rencontrons alors Jonas, le gardien de sécurité du ponton avec qui nous entamons notre compréhension de « comment ça marche à Cuba? « . Il travaille 12 h par jour pour 26 CUC par mois (euros ou dollars c’est presque pareil). Bien qu’omniprésent, Jonas nous organise la possibilité de rejoindre La Havane dès le lendemain. Malheureusement la Marina s’avère un peu désuète, sale, et mal équipée, loin de tout et à 50 dollars aller-retour de La Havane…pas très commode pour nous malgré le sympathique snack ouvert 24 heures sur 24. Et enfin, à Cuba un shipchandler est en fait une supérette très faiblement approvisionnée.

Le CUC est la monnaie touristique ici, et ne se retire que dans les banques des grandes villes. Si bien qu’il est plus facile de l’échanger dans un hôtel ou une marina, même s’il coûte relativement cher – le plus souvent contre des dollars avec une commission de 13% ! Peu d’endroits acceptent les euros et nous n’en n’avons plus de toutes façons. Nous achetons donc quelques CUC à la Marina avant de nous rendre à La Havane où nous pourrons retirer des CUC par carte visa, dans la rue Obispo où se concentrent les banques. Nous mettrons un certain temps pour comprendre que chaque distributeur ne délivre qu’une coupure spécifique de billet – de 5 à 20 CUC selon….

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Le Vieux Havana à mi-chemin restauré promet d’être une des plus jolies villes que j’aurai eu le privilège de visiter. Il y a des travaux en cours partout mais l’ensemble a beaucoup de charme et l’ambiance y est unique.

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La moindre petite échoppe résonne de tonalités de salsa ou de tubes des années ´80 orchestrées par les nombreux groupes locaux… Quelle ambiance ! En prime, les Cubains sont chaleureux, curieux, et cultivés.

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Au détour du port nous découvrons les Centres d’artisans et le système de cartes internet centralisé par l’entreprise – que nous imaginons gouvernementale – Etecsa.

En fait nous en prenons plein les yeux tout au long de la journée en observant nombre de systèmes cubains bien particuliers : les files d’attente pour la distribution de denrées alimentaires, les bus, les ateliers de couture centralisés, les stops improvisés pour le système de covoiturage officiel….

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Nous sommes presque allés au musée de la Révolution…mais nous avons préféré continuer de nous imprégner de la ville – jusqu’aux portes de Chinatown : très différent de ce que nous attendions – puisqu’il n’y a pas de publicité ou d’enseigne ou de marketing, nous n’y avons vu aucun restaurant et quasiment aucun asiatique…

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Et au terme de cette belle découverte nous sommes rentrés en négociant une Chevrolet Impala au fonctionnement chaotique.

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De retour au bateau, nous allons au Supermercado ayant besoin de frais mais il se résume à une allée pour les pâtes, un rayon chips et l’autre pour la bière et le rhum. Le boucher à côté vend du jambon cuit d’Espagne de la marque Bravo, du fromage indescriptible…très mauvais et deux produits surgelés. Il y a des vendeurs ambulants dans le village voisin qui proposent légumes, fruits, poulet, porc mais pas grand chose, et il faut les consommer tout de suite. Le lait, le beurre, les œufs se trouvent difficilement voire pas du tout par ailleurs, ou nous imaginons, en se débrouillant…Une partie des denrées sont distribuées aux familles Cubaines mais ne leur permettent de se nourrir qu’une semaine par mois à l’heure actuelle d’une économie moyenne. Mais comme nous le dira quelqu’un plus tard, les cubains ont de la tranquillité dans un environnement non luxueux mais qui n’affiche pas de richesse à laquelle l’un souhaite accéder. J’ajouterai la bienveillance de ces êtres encore solidaires qui vivent simplement voire durement, et dépendent naturellement des uns et des autres dans une société encore dans l’échange et l’entraide plutôt que dans l’esprit de possession personnelle. Ils n’ont guère le choix et ce qui m’a paru leur manquer le plus est la possibilité de voyager, de quitter cette île pourtant très curieuse et avertie des actualités du reste du monde. Dans chaque îlet ou bourgade l’on nous a parlé de notre présidentielle imminente – ignorée par quasiment toutes nos rencontres en Floride…

Mais revenons à nos moutons….la cambuse un peu vide, nous allons dîner au restaurant de la Marina, pas fameux mais correct – inabordable pour les Cubains. Et lorsque nous commençons à danser en plein air à la discothèque d’à côté, nous sommes invités par un groupe de jeunes plutôt curieux, à participer à leur danse de groupe…Nous ne saurons jamais de quoi il s’agissait mais nous sommes partis courtoisement très vite après que la plus jeune fille sexy du groupe ait pris Olivier à part en lui suggérant que nous nous re-localisions dans un bungalow sur la plage en leur compagnie…

Le lendemain, après de multiples tentatives de location de voiture, sans succès, nous nous sentons un peu coincés dans cette Marina, malgré toutes les rencontres intéressantes de voisins navigateurs . Dont Léna, sympathique aventurière suédoise qui souhaite naviguer en Antarctique, qui va nous conseiller sur le programme des jours qui suivent. C’est décidé, demain nous irons à Vignales dans la montagne !

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