Le voyage de Takoumi

Saison 3

Archive mensuelles: mars 2017

Au nord d’Eleuthera

Passé l’orage, nous faisons route plein nord, au près, de Hatchett Bay jusqu’à Royal Island. Contre toute attente, nous ne subissons pas la pluie mais bien la houle résiduelle de ces derniers jours de vent soutenu… Si bien que nous ne sommes absolument pas sûrs, arrivés devant, de parvenir à franchir l’étroit « current cut » qui nous permet de sortir du grand banc de sable de l’île d’Eleuthera! Le suspense est à son comble et l’expérience s’avéra assez mémorable. Le Current cut est une passe profonde de seulement…30 m de large dans laquelle sévit un fort courant (jusqu’à 8 nœuds il paraît) qui s’aborde à l’étal – c’est à dire aux abords de la renverse d’une marée, lorsque le courant est le plus faible – et de préférence à marée haute. Compte tenu des horaires nous l’avons passée à marée basse, en retenant notre souffle…les remous à la sortie en sont d’autant plus impressionnants…on ne s’ennuie jamais aux Bahamas !

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Après quoi nous arrivons dans un mouillage calme, mais calme….il n’y a rien ici, à part les ruines d’un ancien Club Med à jamais délaissé, mais nous y sommes à l’abri du vent d’ouest…

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Le premier matin au mouillage, je tente ma chance et pêche 3 poissons en une seule prise – grâce à mon leurre de crevettes à 5 hameçons! Ce soir nous nous régalerons des 3 petits « Jackfish » d’après un d’habitant de l’île a qui j’ai montré les photos de mes victuailles.

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La météo reste terne et le vent contraire alors un peu las de ce petit bout de terre, nous décidons tout de même d’entreprendre la route pour Spanish Wells, l’incontournable île de la région à quelques milles de là. Seulement voilà : nous ne devions pas y aller à Spanish Wells – par manque de profondeur, aussi l’expédition consiste à sillonner les tâches blanches au GPS (plus profondes) en évitant les bleues (moins profondes) afin de nous en approcher le plus possible, dans l’idéal à moins d’un mille pour finir la route en dinghy….

On ne le dira jamais assez, naviguer dans les eaux turquoises des Bahamas est une belle formation et requiert une bonne dose de concentration pour une poignée de milles… Le temps de route est tout autre qu’ailleurs, et tu « serres souvent les fesses » comme dit Olivier ! Le moment de poser l’ancre est alors un instant de triomphe – dans 2,2 m d’eau à marée basse – 1,8 m affichés au sondeur, pour ceux qui suivent…Takoumi est bien seul aujourd’hui au milieu de cette étendue d’eau qui ressemble en réalité à un jacuzzi. La balade en dinghy est heureusement rapide dans le sens du courant et des vagues – aïe aïe aïe que je crains le retour!!!

Mais la découverte de Spanish Wells vaudra toute notre peine, cette île s’organise le long d’un bras de mer parsemé de bancs de sable et jonché de petits pontons, de toutes tailles d’embarcations de pêche et d’un joli yacht club sur pilotis. L’histoire de cette île nous rappelle un peu St Barth. La population est blanche et parle anglais avec un accent british « BBC » aux tonalités américaines et australiennes mélangées…accueillante et plutôt bon marché – pour les Bahamas bien sûr ! Nous nous promenons en évitant les golf carts qui circulent – à fond – sur la « nationale » et visitons supermarché et shipchandler- pour le plaisir plus que par nécessité :) . C’est notre premier vrai ship aux Bahamas, si nous ne comptons pas le magasin de bricolage de Georgetown de Great Exuma…Ce n’est pas ici que nous changerons notre annexe qui , d’ailleurs mérite à présent une médaille…elle nous ramène au bateau à peine mouillés, contre les vagues et face au vent! Et nous pouvons vite rejoindre notre calme mouillage de Royal Island pour la nuit.

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Le lendemain nous organisons notre dernière expédition avant de quitter Eleuthera pour les Berry islands, dernière étape avant la Floride. Il s’agit de rencontrer les cochons sur Meaks Peak et la promenade est revigorante. Et entre nous, il n’y a pas de plaisir plus grand que de se baigner seule, au bord d’une grande plage qui semble n’être qu’à nous…

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Départ pour Berry Islands à 17h pour 80 miles. Le vent n’est plus contraire, en fait il n’est plus du tout…donc ce sera au moteur ce que nous nous rappelons n’avoir fait que deux fois depuis que nous sommes de ce côté de l’Atlantique. Je me demande souvent si la Méditerranée ne nous paraîtra pas bien capricieuse, et la terre un peu trop ferme au-delà de cette belle aventure…

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Privés de wifi

Aujourd’hui, je vais éviter de revenir encore et encore sur les mêmes descriptions de navigation pour entrer directement dans le vif du sujet, l’hôtellerie de luxe aux Bahamas … Non, je n’ai pas eu l’autorisation de séjourner à grand frais dans une chambre avec vue sur mer. Ça, je le fais quotidiennement sur Takoumi. Ce qui est nouveau, c’est notre arrêt express à Highbourne Cay, île privée à « policies » (« règlement internes » pour les anglophones).

Alors, je reconnais, c’est super joli, pour ainsi dire paradisiaque après des jours de vagabondages. Les installations de la marina sont complètes et accueillantes, la supérette bien que de très petite surface est bien achalandée. Nous prenons beaucoup de plaisir à retrouver momentanément une installation touristique à l’apparence familière où nous pouvons enfin commander un « sirloin steak » trop cuit et hors de prix.

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Petit à petit, comme nous discutons un peu, le vernis s’effrite. En fait, l’île est privée et est gérée comme l’entendent ses propriétaires nassoviens. « All included » pour les riches clients, mais les « gens des bateaux » n’y semblent que tolérés. Il existe même un tarif pour pouvoir s’aventurer plus loin au cœur de l’île.
Pour nous, le souci est qu’au milieu de tout ça, le wifi est réservé aux « guests » de la marina. Pas de dérogation possible, c’est la « policy » … et pourtant on a bien essayé … Dommage pour le wifi, j’aurais fait des courses terribles dans cette supérette.

Bref, nous quittons séance tenante l’empire consumériste d’Highborn Cay pour nous réfugier dans un proche mouillage entre Leaf et Allan Cay. Nous le trouvons fort encombré et l’espace disponible avec suffisamment d’eau est si réduit que nous toucherons le fond encore une fois en manœuvrant autour d’un voilier naturiste (non, je n’ai pas été distrait, pas du tout … quoi qu’il en soit, ça ne serais pas passé).

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Une fois installés, nous rendons visite à une nouvelle troupe d’iguanes lézardant au soleil, intéressante, mais pas au niveau de la précédente Leaf cay où, en bonus, nous étions seuls au monde.

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Nous rencontrons aussi Yves et Myriam du voilier Ariane, avec lesquels nous passerons un bon moment à bord de Takoumi, qui nous font profiter de leur connexion internet pour prendre la météo. Si nous avions su que nous resterions aussi longtemps aux Bahamas sans wifi valable, nous aurions comme eux acheté une carte « data » prépayée.

Avoir les dernières prévisions est un soulagement, car nous changeons de zone le lendemain pour nous diriger vers Eleuthera, une île plus au nord distante d’une grosse journée de navigation.
La navigation est super ce jour là et nous retrouvons le large avec bonheur toute la matinée au cours de laquelle Manuela s’emploie à pêcher un autre thon qui manquera de peu de finir dans nos assiettes.
L’après midi est un peu plus stressant car nous parcourons un chenal en eau très peu profonde et long comme un jour sans pain sur la route qui nous amène à l’ancienne capitale des Bahamas, Governors Harbor.

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Governors Harbor est une jolie petite ville coloniale, mélange de ruines (matthew’s??) et de jolies maisons mais franchement un peu vide et déserte. Il y a même un marché aux puces une fois par mois le premier samedi du mois … c’est raté.
Au supermarché, les légumes sont rachitiques et nous n’y trouvons pas grand chose. Le menu « sandwich à la dinde » ou « jambon avec eau ajoutée » a de beaux jours devant lui. Manue est dépitée … moi, je m’y fais.

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La traque d’un réseau wifi (BFF) que l’on capte depuis le bateau nous amène loin en haut d’une colline, dans un magasin café bio où nous sommes bien contents de trouver de belles tomates (elles viennent des US, pas très bio à mon avis, juste plus belles que locales) et du brie !!!
Mais le BFF c’est pas eux ! Pourtant, Bacchus Fine Food, ça sonne aussi bien que Bahamian Fast Ferries non ?
Bref, pas de réussite sur ce coup là alors que nous avons besoin de faire des recherches pour notre arrivée prochaine un US … la bibliothèque municipale vend le wifi 5$ par heure… Nous préférerons donc nous rendre au Deli « Da Perk » au bout de la rue, mais attention ils éteignent à 16h … Vaincus, nous partons donc pour Hatchett Bay où nous espérons, incurables optimistes, avoir plus de réussite.

Hatchett Bay est une baie intérieure dont l’accès est une ouverture terriblement étroite dans une petite falaise. Nous serrons les fesses, mais le jeu en vaut la chandelle. La baie est large, vraiment bien protégée et comme le vent vient juste de tourner, nous mouillons à l’opposé des autres plaisanciers, au plus proche du village.

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A l’image des eaux de la baie, le village est très calme mais nous parlons à presque toutes les personnes que nous croisons, une famille dans son jardin, un boucher « à domicile » plutôt bien éméché, les tenanciers d’un stand de bonbons à la sortie des écoles et aussi les badauds nombreux qui squattent une « place du village » organisée comme un salon composé en plein air de bric et de broc.
Ces derniers sont d’ailleurs assez attentionnés et s’inquiètent que nous trouvions porte close au bar insolite dans lequel nous essayons d’entrer … D’ailleurs, à quelques pâtés de maisons de là, c’est le jardinier de l’église qui nous apprend que l’estaminet vient d’ouvrir.
Au cours de cette balade dans le village, nous rencontrons Linda et Michel, sympathiques Québécois que nous croisons et re-croisons au fil des détours au point d’engager naturellement la conversation et qui nous indiquent un spot wifi possible … un restaurant qui ouvre rien que pour nous … mais dont le wifi est … muet, même après avoir moi même rebooté la « box » … Quant on vous dit de ne pas laisser admin/admin comme mot de passe …
Le retour au bateau nous fait encore rencontrer un couple de navigateurs Germano-Grec et un trio de touristes Italiennes … Je considère Hatchett Bay officiellement déclaré comme village perdu le plus cosmopolite des Bahamas.
A la tombée de la nuit, Linda et Michel nous font eux aussi profiter de leur connexion « data prépayée » pour la météo pendant l’apéro sympathique auquel ils nous ont conviés.

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Nous revenons déjeuner le lendemain au « salon d’extérieur », dont la boutique de nourriture à emporter est l’une des très bonnes adresses de la ville dont, les « seafood » sont excellents !
Comme beaucoup de « places du village », la convivialité est de mise et nous discutons longuement avec des jeunes au sujet de la pêche, la mer et des emplois qu’ils peuvent espérer. Nous déjeunerons sur une table de pique-nique improvisée au milieu des habitants qui discutent sur le bord de la route (canapé, chaises, tout y est).
Au vu de ce déjeuner et du moment passé, nous nous félicitons d’avoir repoussé notre départ pour cause de météo hasardeuse et nous reposons le reste de la journée pour repartir de plus belle dès le lendemain.

Expédition mangrove

Après deux jours de rodéo sauvage, nous sommes impatients de découvrir cette île recouverte de mangrove et sillonnée de cours d’eau tortueux qui s’est tant fait désirée. L’objectif est donc un tour de mangrove avec notre vaillante annexe, du sud au nord en passant par le lagon qui trône en son centre … Un projet pour lequel nous prévoyons même du carburant supplémentaire, à défaut d’une simple bouteille d’eau ou d’une collation de fin de matinée … car si le planning est ambitieux, nous ne mesurons pas pleinement la dimension épique et expéditionnaire qui va s’imposer de fait.

Nous prenons donc un « départ peinard » et profitons d’un court parcours autour de l’île pour découvrir de près la côte morcelée par l’érosion et surplombée d’une végétation sinon haute, au moins impénétrable. Sur le rivage, deux représentants de la race canine nous accompagnent bruyamment jusqu’à l’entrée de la rivière dans la mangrove (la seule des Bahamas où il est autorisé de naviguer).

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Il est temps de découvrir ce qu’est une vraie balade dans la mangrove en suivant cette rivière plutôt étroite et si peu profonde que le moteur hors bord trace un sillon sur le sable au fond de l’eau dans notre sillage … le cours d’eau est d’un calme olympien et ses abords ne sont pas de terre ferme, mais de végétation « les pieds dans l’eau ».
Nous évitons de trop traîner car les chiens sont toujours à nos trousses et engagent la poursuite jusqu’à nager dans le cours d’eau, ils sont distancés uniquement car ils nagent moins vite qu’ils ne courent, mais ils ont de la ressource les toutous !..

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La balade continue et nous arrivons au lagon, immense trouée dans la végétation qui nous rend la vision d’un horizon lointain parcouru d’une belle étendue d’eau, de bancs de sable et de mangrove naissante un peu partout. Nous aurons même un aperçu mer, là où son extrémité rejoint la côte au vent.

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Alors que nous reprenons notre bonhomme de chemin vers le fond du lagon, les deux canidés réapparaissent … A l’évidence, ils ont fait un grand détour et connaissent l’île mieux que nous … La poursuite recommence et j’avoue ne pas en mener large devant l’éventualité de devoir gérer une rencontre avec deux chiens sauvages.
A cet instant, la poursuite tourne plutôt bien pour eux et devient de plus en plus hasardeuse pour nous … il y a de moins en moins de fond, l’hélice du hors bord tourne presque dans le sable et les rames s’imposent comme notre dernier recours de propulsion … Inexorablement, les chiens gagnent rapidement du terrain et nous rejoignent si certainement que nous descendons de l’annexe prêts à défendre chèrement notre peau … mais … les toutous nous font la fête … et obéissent plutôt bien quand nous leur demandons d’arrêter de sauter et de s’assoir … Ils sont trop cool quoi.

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Ceci dit, nonobstant l’issue heureuse de cette rencontre, nous sommes bloqués sur un banc avec l’annexe et nos deux toutous … C’est ce qui s’appelle « rester sur le sable » je suppose …
La marée ne sera pleine que dans 1h30 environ, nous avons fait attention à ça quand même, et décidons de ne pas attendre et de traverser le lagon en tirant l’annexe dans le mince filet d’eau qui enfle timidement avec la marée … trop timidement.

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A cette occasion, les toutous sont nommés Titus et Marcus et suivent gaiement en mode balade. C’est vraiment curieux cette impression d’avoir deux chiens, dans une clairière improbable et vertigineusement belle.

Quand une 1/2 heure plus tard nous arrivons dans un cul-de-sac vaseux où nous nous enfonçons régulièrement jusqu’au dessus du genou, le tableau est toujours aussi idyllique, bien qu’un peu pesant quand même à la longue, et je ne parle même pas du poids de notre annexe ultra légère qui commence à se faire sévèrement ressentir … A l’évidence, cela ne passera pas …

La décision s’impose de refaire le chemin en sens inverse avant que la marée ne redescende. Nous avons encore du temps mais, bon, il ne faut pas tirer sur la corde tout de même. Heureusement, le retour jusqu’en eau navigable est plus facile car il y a un peu plus d’eau et nous apprécions de nous asseoir dans l’esquif que nous avons traîné dans cette double « traversée du désert ».

Titus et Marcus, toujours en mode balade, ouvrent la route, mais quand nous arrivons à la sortie du lagon et que nous pouvons remettre le moteur en route, Titus comprend que nous partons sans eux et commence à pleurer … C’est déchirant …

Ensuite, le retour au bateau pour récupérer masques et tubas se passe sans encombre et nous organisons un nouveau départ pour la mangrove … mais par le nord cette fois, histoire de voir jusqu’où nous pouvons nous aventurer de ce côté la.

Dans le dédale des rivières du nord, des tortues nagent et des américains cherchent une sortie, nous leurs indiquons notre entrée et eux la leur ! Mais nous n’avons pas dû bien retenir ce qu’ils nous ont expliqué, car entre deux culs-de-sac, nous découvrons certes une magnifique sortie sur la côte Est, mais à l’opposé de là où Takoumi nous attend … Ironiquement, à quelques encablures de la bonne sortie, nous croisons de nouveau les américains qui ont décidé de refaire un tour de manège après avoir trouvé facilement la sortie que nous leur avons indiquée !

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De retour au bateau, après un déjeuner et un repos bien mérité, Manuela, qui visiblement a encore quelques ressources à revendre, rejoint, seule, la plage déserte pour se baigner. Nous ne partirons que le lendemain.

Comment tourner 48h autour d’un rocher

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Dépourvus de prévision météo fiable, nous avions perçu les prémisses d’un évènement à Staniel Cay alors que Manue réalisait un départ « au poil » et que nombre de bateaux se massaient dans un chenal étroit protégé du Sud-Ouest et pourtant vide la veille. Si nous avons besoin de plus de signes, les appels radio incessants des navigateurs aux marinas confirment qu’ils sont nombreux à chercher à se réfugier dans les ports. Quoique nous doutions de la bonne idée de rechercher la proximité d’un ponton dans une marina exposée justement dans l’axe du vent.

Nous apprécions la première partie du trajet, car pour une fois, la zone où nous naviguons (le sound) est sous le vent des iles, protégée de la houle, confortable en somme. Au moins jusqu’à ce que notre route rejoigne le « exuma bank » en passant par une longue, longue … très longue passe, vent et vagues de face que Manue négocie comme une chef !
Parlons d’une longue navigation côté banc justement, quand le vent d’ouest soulève de belles vagues par seulement 5 à 7 mètres au dessus du fond, il convient de débrancher les signaux d’alarme qui clignotent furieusement au fond de son esprit pour affronter 15 milles d’incertitude, d’inquiétude et d’excitation mélangées.

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C’est quand même avec soulagement que nous atteignons tardivement « Shroud Cay », où nous trouvons une zone de mouillage ballotée par le vent, pas un endroit à l’abri… ni ici, ni proche … :-( Quand l’ouest souffle, tous les mouillages idylliques des Bahamas se transforment en « mouillage pourri » où le tirant d’eau se révèle de plus en plus handicapant. Finalement, nous faisons le choix d’un mouillage vaguement (oui, oui, c’est un jeu de mot) protégé par Elbow Cay pour la nuit… choix que nous partageons avec un maxi yacht qui, une fois n’est pas coutume, n’a pas vraiment l’air d’être plus confortable que nous. Le seul autre occupant du plan d’eau est un autre voilier qui choisit de prendre une bouée dans l’endroit le pire qu’il puisse y avoir dans cette baie par ce vent, sans protection face au vagues et dos à la côte… Il faut vraiment avoir confiance pour s’installer là… la sale nuit qu’il a du passer !

Le lendemain matin, enfin, nous captons une météo locale par vhf… verdict : ouest puis nord ouest puis nord seulement dans la nuit… en gros c’est la loose… mais bien ancrés avec de la place, nous persévérons malgré l’inconfort. Les rares mouillages protégés de l’ouest et du nord nous semblent inaccessibles avec notre tirant d’eau … Notre « yacht copain » cherche à se placer mieux, mais touche les fonds et finalement se barre, vaincu par les éléments .. nous, nous restons en mode shaker jusqu’au soir quand, le vent tournant, nous passons derrière l’île pour une seconde nuit agitée …

La soirée n’est pas beaucoup plus agréable que la journée qui l’a précédée, mais au réveil, mer belle et vent du bon côté … nous rejoignions donc illico presto un bon mouillage confortable, sur bouée, à quelques brasses de l’île pour profiter comme il se doit de cette nouvelle étape.

L’île est habitée

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Nous poursuivons notre chemin aux îles Exumas en fonction d’un guide touristique offert en téléchargement par Navtour, un loueur de bateaux. Nous avons donc concocté un parcours jalonné de notre meilleure sélection de mouillages naturels commençant par l’île de « Leaf Cay », juste au nord de Lee Stocking Island.

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Depuis Long Island, nous prenons petit à petit conscience que nous pourrons aller presque partout aux Bahamas avec notre tirant d’eau vérifié de 1,75 mètres, mais que ce sera au prix de quelques moments intenses de concentration et de doutes tellement le fond est proche de la surface de la mer.
Toutefois, c’est plus facile à dire qu’à faire et nous n’en menons pas large au moment d’aborder la passe qui mène à Leaf Cay. Cette dernière semble redoutable aujourd’hui, les limites de la passe sont cachées juste sous la surface, la mer soulevée par le vent brise sur des rochers à peine éloignés et Takoumi est emporté au milieu de ce maelström surfant sur la crête des vagues …
Et ça passe bien finalement … Bien que nous nous demandons comment cela va se passer demain, pour le match retour. La navigation se termine dans un magnifique lagon protégé, slalomant dans un dédale de bancs de sables et de coraux.

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Le mouillage solitaire est, encore une fois, un bonheur, bien que le fort courant l’emporte sur le vent et nous prive de la protection de la capote rigide. Mouiller par l’avant dos au vent est une expérience qui nous échappait encore jusque là …

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Tant qu’à faire, puisque nous sommes arrivés de bonne heure, la visite en annexe est organisée illico presto. Et nous voilà partis en direction d’une micro baie invisible d’où nous sommes et d’où nous avons vu partir un bateau promène-touristes.

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La découverte que nous y faisons est énorme … l’île déserte est habitée par une tribu de très nombreux iguanes de bonne taille qui se prélassent au soleil sur le sable chaud. Se promener seuls au milieu d’eux est magique …

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La plage est constellée d’une multitude de traces de pattes et de sillons laissés par leur queue traînante et Il en est même un plus curieux que les autres qui est venu surveiller notre annexe pendant notre absence !

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Au matin, nous sommes soulagés de repasser la passe par temps calme pour notre trajet vers Staniel Cay et Big Major Spot. Navigation sans histoire où Manuela pêche deux belles prises de chacune 70 centimètres. Un barracuda trop gros pour être mangé, ciguatera oblige, que nous relâchons et un magnifique thon qui n’aura pas cette chance … Il sera bien malgré lui l’invité des quatre prochains repas.

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L’objectif cette fois est la plage aux cochons de « Big Major Spot », mais nous ne l’atteindrons pas pour une fois. En échange, nous connaissons désormais la sonde limite de Takoumi … à 1.30 mètres, nous touchons le fond ! Sans conséquence heureusement et à moins de nous tromper en étalonnant notre sondeur, nous ne ferons jamais mieux.

Nous posons donc l’ancre sagement en face de la marina de Staniel Cay. Enfin presque sagement, il n’y a que deux mètres de profondeur, des morceaux d’épaves dans le fond, des bancs de sable dans trois directions et un fort courant de marée qui nous oblige à nous baigner avec un bout amarré au bateau !

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La découverte de Staniel Cay nous fait sillonner un village aux deux visages, village vacances organisé aux abords immédiat de la marina et village local avec boutiques chez l’habitant pour le reste. Plutôt sympa dans l’ensemble. Surtout quand se révèle une quantité de requins dormeurs ou nurse shark et de raies qu’il est possible d’observer depuis la plage ou les docks.

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Au niveau pratique, il n’y a pas de distributeur de billets sur cette île. C’est donc la marina qui se charge de nous vendre quelques dollars américains en échange de la commission la plus élevée que nous n’ayons jamais constatée, 15% … Tout à fait en accord avec le magasin d’alcool qui se trouve être … une laverie automatique dont nous ne profiterons pas mais dont la qualité semble indéniable.

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Pour le déjeuner, nous jèterons notre dévolu sur un restaurant très local, violet, face à la plage. Le plat de poisson frit est excellent bien que servi dans l’incontournable boîte de vente à emporter en polystyrène que l’on a retrouvé dans toutes les anciennes colonies anglaises jusqu’ici.
Mais nous ne nous arrêtons pas à ça, le restaurant est pourvu du seul wifi disponible sur l’île à l’heure où nous y sommes. Nous avons bien vu un homme monter en haut de l’immense tour de communication le matin, mais rien n’y fait, la connexion de la marina reste muette.

Avec ceci, nous organisons une promenade en annexe pour aller voir les cochons baigneurs de Major Big Spot que notre « tyran » d’eau nous a refusé. Mais hélas, nous faisons le tour de l’île sans en voir un seul alors que nous nous attendions à les voir nager en direction de notre embarcation. Ils semble que l’horaire pour les voir soit en fin de journée, avant le coucher du soleil et nous avons choisi le plein après-midi … l’heure de la sieste pour les cochons ! Nous sommes bien évidement déçus mais on ne peut pas gagner à tous les coups.

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Sur le retour, nous passons quand même à Thunderbolt cave qui est plus qu’un lot de consolation. La grotte sous marine où un « James Bond » a été tourné, n’est accessible qu’en snorkeling et les couleurs des quelques ouvertures de lumières ainsi que la tortue, une raie et le banc de poissons multicolores qui y séjournent en font une jolie excursion.

Le jour du départ, nous sommes presque retenus par un morceau d’épave dans laquelle est coincée notre chaîne, heureusement, la manœuvre de dégagement est vite trouvée.
Par contre, alors que nous attendions pétole, un bon vent du sud gonfle nos voiles, comme un rappel que nos dernières données météo ont 5 jours et commencent à être « un peu foireuses ». Mais nous ne comprendrons à quel point qu’en atteignant Shroud Cay, notre destination suivante.

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Retour à la civilisation

Le calme, la sérénité et la contemplation, c’est bien, mais un jour il faut bien revenir à des considérations bassement pratiques d’avitaillement, d’accès internet et de boissons locales. Du coup, nous mettons le cap sur la plus proche des grosses « tâches sombres » de nos cartes marines, la ville de Georgetown, sur l’île de Great Exuma.

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La ville est située sur un bras de mer derrière une première rangée d’îles, et l’accès commence donc par une longue passe au moteur pour les contourner. C’est très joli, mais peu profond … vraiment peu profond.

Comme de bien entendu, des deux routes conseillées, nous choisissons la mauvaise … et voilà Takoumi qui cherche son chemin dans 1.50 d’eau selon notre sondeur … un record pour nous qui sommes persuadé que le tirant d’eau est de 2 mètres et que le décalage du sondeur n’excède pas 3 dizaines de centimètres.
En tout cas, étalonnage du sondeur ou non, l’ambiance est électrique et l’exercice tourne à la haute tension, car dans ces profondeurs, les eaux cristallines laissent contempler les infimes détails du fond.
Heureusement, Manue excelle à la barre et nous ne perdons ni notre calme, ni notre flegme pour triompher souriants de cette épreuve sans avoir touché le fond !

De retour sur la route de second choix, nous atteignons le mouillage qui se révèle être une interminable brochette de bateaux alignés sur plusieurs miles et plusieurs files ! Là, nous comprenons que le sud des Bahamas est vide … Ils sont tous là ! Ceci dit, en nombre d’unités, le mouillage du Marin en Martinique reste gagnant haut la main, mais quand même, après tant de mouillages désespérément vides, c’est impressionnant.

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Comme nous arrivons de bonne heure, nous décidons de mouiller au plus proche de la ville, de la visiter et de faire nos emplettes pour ne revenir qu’en soirée apporter notre modeste contribution au record du plus long mouillage des Bahamas.

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Il y a cela de bien avec la concentration de plaisanciers que les services et infrastructures suivent, sans que l’on sache vraiment qui de la poule ou de l’œuf …
C’est donc en annexe que nous découvrons un grand dinghy dock caché dans un lagon accessible uniquement par une petite passe sous la route principale du village.
Le dock est presque assez grand pour tout le monde, raisonnablement entretenu et pourvu d’un robinet pour la distribution d’eau semble-t-il gratuite.
Nous sommes bluffés, surtout qu’il ne nous semble pas y avoir grand chose de gratuit aux Bahamas. D’ailleurs, le dépôt des déchets est payant lui auprès d’un petit camion sans personne, sacs dans la benne et billet par la fenêtre !

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Ceci nous amène au supermarché, terriblement bien achalandé mais hors de prix ! En même temps, c’est lui qui s’occupe du dock et de l’eau gratuite, il faut bien qu’il s’y retrouve, mais j’en suis sûr maintenant, les Bahamas sont plus chères que Saint-Barth.

Pour le reste, la ville conserve quelques airs des antilles, mélangés à une pas si lointaine culture américaine. On y trouve du bricolage, un genre de boat service, un caviste, une station essence, un office du tourisme, des salons de beauté, un unique restaurant curieusement sans table et au grand bonheur des marins, un tikki bar avec un bon wifi.

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Tout pour satisfaire le Québécois, car cela devient une évidence, la grande majorité des plaisanciers aux Bahamas est Canadienne francophone. En même temps, je les comprends, nous sommes en février et il ne doit pas faire bien chaud par chez eux en ce moment.

Seul bémol, ni le supermarché ni la banque n’acceptent nos cartes bleues. Heureusement qu’il nous reste assez de cash de ce que nous avions retiré à Great Inagua. Peut-être ont-ils négligé de réparer la connexion avec le reste du monde … C’est quand même encore un peu les antilles ici …

Contents de notre expédition, nous repartons au mouillage pour profiter d’un repos bien mérité et choisissons une place à une extrémité de la brochette de bateaux et de Stocking Island. Histoire d’être un peu à l’écart, nous nous sommes placés en bordure de réserve naturelle … ou peut-être dans la réserve … les cartes ne sont pas toutes d’accord sur ce point 😉

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Le soir venu, nous observons depuis notre situation privilégiée, la nuit constellée de feux de têtes de mats, spectacle démentiel quand on songe à la profondeur du mouillage. Puis, nous sombrons rapidement dans le sommeil, boudant même la fin du film que nous avons entrepris de visionner et que nous ne finissons que le lendemain.

Au matin, une nouvelle ballade en annexe nous mène dans la réserve naturelle, sur l’île d’Elizabeth Island où nous foulons un magnifique banc de sable mais où le snorkeling se révèle un poil décevant bien que quelques patates de coraux subsistent.

En fin d’après-midi de cette journée, nous avons la visite surprise de dauphins au mouillage ! C’est vraiment exceptionnel.

Enfin, notre dernier jour sur Great Exuma, qu’il est raisonnable de qualifier de « Off » est consacré à une nouvelle incursion dans la ville. Nos cartes bleues ne fonctionnent toujours pas mais le wifi du tikki bar est toujours aussi bon et nous pouvons enfin publier les articles du blog en retard.

Seul fait marquant de cette journée, un nouveau record est atteint ! 1.40 mètres au sondeur ! Mais où cela va-t-il s’arrêter ?

Poésie

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A l’heure où tu dormiras, je veillerai en mer. J’écouterai les vagues danser et parfois nous chambouler. Les drisses résonner et le mât trembler. La coque se déformer et le safran résister. Je surveillerai les nuages qui sont comme de mauvais présages, les verrai s’avancer et me dépêcherai d’enrouler. Et cérémonieusement je grimperai sur les sièges du cockpit pour scruter l’horizon à la va-vite.

À l’heure où tu dormiras je prendrai un café pour rester éveillée. À la surface et sous la voûte de la terre, la houle, les vagues et le vent seront mes seuls compagnons de route. Je brancherai le radar pour voir les grains se former et, un peu tard enfilerai ma veste de quart. Je repérerai les faibles lumières des cargos que je vais croiser et hésiterai longtemps à m’en dévier. Je regarderai la tâche blanche des bateaux de croisière avancer et grossir comme un lopin de terre. La barre ne cessera de tourner pilotée bruyamment de chaque côté, j’entendrai les rafales à mesure que l’hélice accélère. Et cérémonieusement je calculerai la distance qu’il me reste et surveillerai ma vitesse.

À l’heure où tu dormiras, je baillerai en regardant la mer et le scintillement du plancton sur les flancs du bateau. J’attendrai les dauphins en vain pour qu’ils me dessinent leur chemin. J’observerai les étoiles et la grande ourse tourner au fil de la nuit quand la lune s’éteindra me laissant seule dans le noir. À l’heure où tu dormiras, je ressentirai et t’écrirai ces lignes alors si tu te réveilles, aies une petite pensée pour moi qui suis à la veille.

La traversée du désert

Notre seconde destination dans cette région abandonnée des humains est un mouillage au milieu de nul part, au sein d’un anneau de corail perdu sur le chemin vers le nord : le « Hogsty reef ».

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Je m’attendais à devoir partager ce mouillage insolite avec au moins quelques autres aventuriers, mais seuls deux cargos échoués attendaient là leur lente décomposition.
A la décharge des absents, l’entrée est délicate et les bancs de coraux ne protègent pas suffisamment le lagon pour empêcher la houle de s’y engager, rendant improbable le mouillage en son sein.
Il n’empêche que la zone vaut le détour rien que pour l’impression d’être en pleine mer, encerclé par des vagues brisant sur 360°.

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Têtus, nous tentons un mouillage derrière la minuscule île qui borde l’entrée du lagon. C’est joli mais pas très confortable. Nous dînerons donc sur place avant de repartir pour une nuit de navigation. Au menu, un sushi de Thon pêché par Manuela dans la journée.

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A l’issue de cette nuit, nous approchons la baie « Bight of Acklins », toujours seuls, toujours isolés du monde. Mais le passage dans la baie est trop délicat pour nous y engager sereinement et nous préférons, encore une fois, abandonner toute idée de relâche pour repartir vers Long Island et Great Harbour, où nous atteindrons Clarence Town en début d’après midi.

Il est aux Bahamas des endroits similaires à des oasis. Des endroits calmes et sereins, havres de repos d’une grande beauté, peuplés de quelques rares irréductibles sédentarisés loin de tout et d’une poignée de voyageurs. Le mouillage de Sandy Point est de ceux là.

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Quelques temps après avoir posé l’ancre dans une eau turquoise ou se dévoilent les fonds sablonneux, un navigateur voisin viens nous saluer, discuter de tout et de rien. De son bateau, de nos voyages et nos trajectoires, des autres occupants du mouillage. Aussi. Juste pour faire connaissance en bon voisin. C’est un comportement typique des navigateurs américains, et je reconnais qu’il est très agréable d’avoir les informations locales de premières mains dès les premières de relâche.

D’ailleurs, nous n’irons jamais à terre à Clarence Town, l’accès parait difficile à moins de disposer d’une véritable annexe ou de se rendre à la marina. Et de toute façon, le bouche à oreille local nous informe qu’aucun commerce n’y est établi depuis l’avant dernier ouragan.
Nous préférons profiter de l’île déserte au sable fin où au détour d’une expedition découverte, un autre voyageur nous offre l’une des noix de coco qu’il viens de cueillir.

Nous pourrions rester un bon moment dans cet endroit idyllique, mais, emportés par nos découvertes pleines de promesses et nos besoins d’avitaillement, nous préférons poursuivre notre chemin et entreprendre une nouvelle nuit de navigation, baignée, enfin par une quasi pleine lune.

Les portes du désert

C’est une longue navigation de deux nuits (détour compris) qui nous amène à frapper aux portes des Bahamas ! Deux nuits, cela paraît long, mais comme nous n’avions pas la possibilité de partir tôt le matin et que nous souhaitons autant que possible éviter les arrivées de nuit désormais, le choix est vite fait.

Nous naviguons donc bien plus au nord que nécessaire avec en objectif le passage entre Great et Little Inagua qui doit être splendide quand on le passe de jour … Pour nous, c’est la nuit et déjà ce premier contact avec les Bahamas nous interpelle. Pas une lumière ne s’échappe, pas un seul signe d’activité humaine, rien ne trahit la présence de ces îles cachées dans l’insondable obscurité d’une nuit sans lune.
Ce n’est pourtant pas tout à fait exact, nous ressentons la présence de l’invisible Little Inagua dans le calme de la mer protégée d’un bon vent qui nous propulse dans une profonde sérénité.

Au matin, après avoir contourné Great Inagua, nous découvrons la côte de Matthewstown, le port d’entrée que nous avons choisi. Nous y voyons bien des bâtiments, mais pas un seul ponton n’est en état de nous accueillir, alors, bien que la profondeur y soit sujette à caution, il nous faut nous contraindre à entrer dans la marina, ou plutôt, la future marina qui n’est à l’heure actuelle qu’une trouée vaguement rectangulaire dans la côte pourvue d’un unique quai déjà délabré qui deviendra peut-être un jour la station d’essence.

L’accueil de la douane est vraiment sympa ici, ils viennent nous chercher en voiture officielle pour nous amener aux bureaux des douanes et de l’immigration. Ils sont souriants, affables et ne rechignent pas à engager la discussion avec nous. Il y aura même des sujets de plaisanteries et de cuisine avec la charmante préposée des douanes. Bon, c’est certain, le cruising permit à 300$ est hors de prix, mais au moins, eux, y mettent la manière.

Immédiatement après, laissés à nous-mêmes, nous prenons le chemin du retour par une route presque vide, version « antillaise » du désert d’un décors de film américain.

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Notre solitude ne dure pas, quelques minutes plus tard, pris en stop par le Captain Forks, qui aura à cœur de nous faire visiter la ville, nous trouver les commerces ouverts et du pain frais, enfin, nous montrer l’implantation de son projet de Bed & Breakfest face à la mer. Cet homme serviable et communicatif, dont l’espoir est que nous restions plusieurs jours pour animer son week-end, est un peu collant quand même et ce n’est qu’au deuxième tour de la ville quasi déserte que nous parvenons à le convaincre de nous ramener à notre bateau.

Il n’est point d’expédition sans histoire, et c’est au moment d’embarquer que notre quiétude tourne au chaos et à la panique.
À peine les pieds posés sur le pont de notre vaillant Takoumi que ce dernier se détache du quai et entreprend un demi-tour des plus malvenus dans l’espace réduit de la presque marina.
Finalement, tout se passe dans le cafouillage complet mais sans heurts, nous n’aurions pas perdu le bateau, mais il aurait pu y avoir de sérieuses conséquences à frayer le long des quais agressifs ou encore se poser dans une zone insuffisamment profonde. J’ai une nouvelle règle, quand un type collant cherche à aider dans une situation scabreuse, la première chose à faire est de s’en débarrasser. Nous serions restés bien plus calmes et efficaces si notre tandem avait agi seul.

Du coup, nous profitons de la situation pour déserter le port et nous diriger vers la grande baie de Man O War où nous trouverons un mouillage confortable et calme. Manuela reviendra de son premier bain aux Bahamas avec un sourire béat aux lèvres … « je n’ai jamais rien vu d’aussi joli » que ces fonds constellés de patates de corail.

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