Le voyage de Takoumi

Saison 3

Archive mensuelles: février 2017

La République Dominicaine, le far west du plaisancier

La République Dominicaine « c’est le Far West » nous a-t-on dit au cours de la semaine que nous avons passée à Samana…Nous n’avons pas compris tout de suite, et pourtant, nous nous en sommes enfuis, un peu partagés entre le sentiment d’être accueillis chaleureusement à la mode latine, et malmenés par une bande de cowboys…

Samana est une ville sympathique et idéale en taille pour les plaisanciers, et pourtant, nous n’y étions pas bien accueillis et ne pourrions la recommander. Pour commencer, en arrivant de Puerto Rico dans la baie du Port Santa Barbara (de Samana), nous n’avons vu aucun moyen d’ancrer et aucun autre plaisancier. Nous avons tourné et fini par prendre une bouée libre sur les conseils d’un bateau local – bouée que nous paierons évidemment assez cher.

Samana et le « Bridge to nowhere »

PENTAX ImagePENTAX ImagePENTAX ImageDix minutes plus tard, 6 hommes plutôt costauds ont débarqué à bord de Takoumi – dont un seul armé en uniforme de militaire. En trois minutes et sans aucune présentations, ils m’ont assaillie de questions tout en grimpant à bord, me bousculant pour aller littéralement se vautrer dans mon cockpit! Heureusement que la lecture du guide que nous avions téléchargé nous y avait préparé ! Ca fait tout de même un peu peur sur le coup, mais nous sommes restés calmes et avons bien-entendu cédé à toutes leurs demandes avec le sourire – y compris d’être dédommagés pour leur déplacement : le fameux « propuesto » reviendra souvent, en particulier concernant tout ce qui a affaire au plaisancier! Bon, il y a un bon côté bien que la procédure soit désastreuse : nous venions de passer la nuit en mer, et ils nous ont autorisé à aller dormir plutôt que de nous rendre immédiatement au bureau de l’Immigration, repos bien apprécié !

Aussi, le lendemain nous avions repris des forces sans savoir qu’il nous en faudrait. Nous avons commençé par attacher notre dinghy – tout pourri peut-être mais méritant ces derniers mois – au « muelle » ou ponton du port. Mais nous ne sommes pas tranquilles : ce ponton dangereux est fait pour de grands bateaux, et ne nous permet pas de sécuriser ou cadenasser notre annexe. Les « officiels » de la veille nous ont pourtant vivement conseillé de ne surtout pas oublier de le cadenasser…En fin de compte, l’annexe ne sera ni volée ni abîmée… Quelqu’un de bienveillant l’aura même attachée par l’arrière pendant notre balade, ceci pour contrebalancer sa fâcheuse tendance – que vous connaissez – à se retourner! L’entretien avec la gentille dame de l’immigration s’est bien passé malgré la centaine de dollars que nous coûte la taxe gouvernementale.

Nous avons décidé d’être prudents le matin suivant, et d’oublier le hors-bord choisissant de ramer péniblement jusqu’au muelle… Notre dinghy est pitoyable mais il est fidèle! Prévoyants, nous avons demandé au « vigilante » – le garde de sécurité militaire – de le surveiller et de nous trouver un service de « taxi-boat » envisageant de dîner en ville un soir. C’est ainsi que nous avons rencontré Mingo avec qui nous avons sympathisé tout au long de la semaine. Il nous attendait sur le ponton à notre retour ce jour-là et ça tombait bien, puisque le vigilante était rentré chez lui, et que notre annexe était tout simplement crevée!
Bonne nouvelle pour Mingo dont la mission avait grossi d’un coup pour le reste de notre séjour…sans compter que quelques jours plus tard, en quittant le site de los Haites, une manœuvre notablement foireuse et mal préparée a propulsé notre annexe fraîchement réparée sur des moules saillantes du ponton d’accueil mal adapté…
Triplement crevée nous peinons encore à la faire durer…

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A noter aussi de ces deux jours en baie de San Lorenzo que chaque mouvement du bateau doit faire l’objet d’une démarche administrative auprès de la commandancia pour obtenir une autorisation de circulation appelée « despacho » est qui n’est délivrée qu’une demi heure maximum avant l’appareillage… Autant dire que si la destination est belle, ces démarches gênent drastiquement un simple allez-retour d’une vingtaine de miles.

Une après-midi, nous avons confié à Mingo la mission de nous organiser un tour en bateau de pêche pour nous approcher des baleines. C’est alors le « far west » jusqu’au lendemain matin, notre capitaine change trois fois en 24 heures et à 6h30 du matin, heure du RDV nous l’attendons une bonne heure. Je me suis alors heurtée avec le responsable (introuvable au départ) et j’ai demandé un dédommagement pour inverser quelque peu les rôles… Les discussions ont duré 48 heures et nous n’avons obtenu qu’une maigre excuse de la part du prestataire. Alors… le plus important était les baleines et elles sont fabuleuses bien que difficiles à approcher, même en puissant bateau de pêche!

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Le dernier jour a Samana, nous n’avions plus qu’à régler les formalités pour quitter la ville, l’inévitable despacho, nous connaissions donc la procédure – et tous les militaires de la Commandancia de Samana à ce stade. Même si nous avons été surpris de constater qu’un despacho de départ « sans retour » n’est remis qu’une fois à bord par le (ou les) représentant(s) de l’armée chargé(s) de nous raccompagner jusqu’au bateau…
Les choses auraient dû se passer simplement, mais au dernier moment, nous étions attendus sur le muelle par une autorité portuaire « surprise » pour nous piquer encore quelques dollars…Il s’agissait de payer le fait de nous être arrêtés dans ce port… en plus de la bouée, règle aléatoire et clairement remise en cause dans notre guide…

Heureusement que pour clore notre séjour, la douane, la cellule narcotique et les militaires de la Marina Oceanworld de Puerto Plata, notre comité d’arrivée et de départ, ont été courtois et respectueux, y compris pendant la fouille du bateau, et n’attendaient pas de propuesto, seulement 20 dollars pour un dernier despacho afin de pouvoir quitter l’île. Et malgré cette ultime expérience indolore, nous avons conclu que la jolie République Dominicaine n’est pas adaptée à la navigation du plaisancier – et qu’il vaut mieux la visiter par la terre.

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La République Dominicaine, grande île aux multiples reliefs

Nous avons choisi l’immense baie de Samana pour arriver au Nord Est de la RD et ainsi pu apercevoir quelques baleines lors de notre approche, magique… de n effet, c’est en la saison annuelle pendant laquelle elles viennent mettre bas – et nous ne voulions surtout pas rater ça!
Parvenus en ville, nous sommes immédiatement mis dans le bain, alpagués par le voisin de palier de l’immigration « Samuel » alias guide touristique motorisé, qui souhaitait nous cueillir tout frais pour nous véhiculer dans la région. Nous avons bien eu du mal à nous en débarrasser, de Samuel, et avons arpenté la ville au pas de course derrière lui, qui avait décidé – de lui-même – de nous faire une visite guidée de la petite ville – au lieu de simplement nous indiquer le marché…Pour quelques dollars, le fameux propuesto ou tip, le pourboire local. Ici, le propuesto est normal donc il convient parfaitement de nous adapter à ce qui est de la culture locale, juste, n’étant pas habitués, il faut s’accrocher pour refuser ces petits services incessants et accepter de payer ceux que tu ne réussis pas à éviter…Et j’ai vite pris conscience à quel point notre culture à nous, ne nous a pas armés pour refuser incessamment avec le ton performant, pour ne pas nous sentir harcelés. J’ai fini par le trouver – à la troisième tentative avec Samuel…peux mieux faire, vous en convenez!

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De bon matin, Samana avec son marché et ses ferreterias ressemble à un joyeux souk très vivant, bordélique et agréable. La ville toute entière grouille de motos (sans casque), de motos concho (taxis pour une où deux personnes) et de guaguas (bus locaux). Et le bon côté de notre rencontre avec Samuel est qu’à 11 heures, nous avions déjà visité la ville et n’avions plus qu’à choisir un bar « bureau wifi » – de référence jusqu’à la fin du séjour. Ce fût au hasard « Le café de Paris » :) tenu par un couple franco-dominicain très intéressant…
De notre bureau, nous avons donc pu organiser les premiers jours dans la région que nous avons passés en bonne compagnie : avec Yves, le père de notre bon ami Raphaël, et Luc avec qui Olivier avait travaillé sur le tour de France il y a des années. Yves vit ici plusieurs mois par an et connaît bien le coin, qu’il nous fait découvrir : sa chouette maison à Las Terneras, les plages, les lolos, le village de pêcheurs de Sanchez et la grandiose chute « el Salto del Limon ». Nous avons rejoint ce site à dos de cheval avec Luc et bravé la baignade insolite et, un peu dangereuse, au pied de la cascade spectaculaire. À la descente de laquelle, affamés, nous avons goûté le traditionnel cochon grillé avec Yves au village Las Terneras. Pas mal le cochon!

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A propos de cette chevauchée, les ballades au Salto del Limon sont chaperonnées par de jeunes adolescents, qui nous jurent faire ce job en dehors des heures de classe. Première sensation que « on ne nous dit pas tout »…Le vendredi matin l’école est apparemment fermée jusqu’à lundi? J’ai d’abord cru qu’ils faisaient le « pont » ayant lu que le jeudi de la veille était un jour férié – mais après enquête, personne ne semblait connaître ou respecter cette fête nationale..Et, me croirez-vous si je vous dis que parvenus au lundi en question, tout était fermé – notamment l’école – parce que, eh bien oui, c’était un jour férié « décalé »?? L’explication qu’on nous a donnée est que le Président de la singulière République Dominicaine l’aura décrété « last minute » de façon à prolonger son WE par voie de presse et de bouche à oreille. Il paraît que c’est l’une de ses habitudes..Bref, on n’y comprend rien en République Dominicaine…

Quant aux enfants, je pense qu’ils travaillent dès qu’ils peuvent pour gagner quelques dollars et qu’on leur a appris à mentir aux étrangers afin de ne pas heurter nos valeurs de « Gringos » – alias touriste que l’on essore… les chevaux également nous ont parus bien jeunes pour travailler aussi dur sur les caillasses! Nous avons appris plus tard que l’école est d’un niveau très faible et perpétue l’illettrisme au sein de la population locale. Il paraît que le président – quand il n’est pas en WE – investit plutôt pour le développement des universités…

Ensuite, nous avons quitté Samana 24 heures pour visiter les grottes de los Haites plus au Nord. La baie de San Lorenzo était déserte et la région ressemble à une miniature de la baie d’Along. Ce mouillage au milieu de centaines d’oiseaux est magnifique, le sympathique gardien du temple s’est imposé comme guide du site – contre propuesto bien sûr…

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A ce stade, nous étions contents de changer de port en République Dominicaine et nous sommes partis passer deux jours à la Marina Oceanworld de Puerto Plata pour clore notre séjour. Le lieu ressemble à Cannes l’hiver avec Casino, boite de nuit et de nombreuses zones réservées à un Club très sélect de vacanciers, dont nous ne faisons pas partie. J’ai trouvé que c’était assez représentatif des deux « mondes » qui coexistent dans ce pays. La jolie ville de Puerto Plata était en travaux malheureusement, en friches plus exactement mais cette escale nous a permis de nous organiser à la marina qui offre un service de transport au supermarché, des douches – moyennes mais avec de l’eau chaude s’il-vous plaît ! – une laverie et de l’eau à quai pour le grand nettoyage de Takoumi, avant son départ en direction des Bahamas!

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Il est beau, il est chaud, il est DISPO !

Il apparaît notable en ce début de 21 siècle que l’humanité n’a jamais conservé autant de données sur un support aussi volatil que l’informatique. Par exemple, nous tenons pour certitude que les dessins des grottes de Lascaux ne seraient jamais parvenus jusqu’à nous s’ils avaient été peints sur un disque dur …

C’est la moindre des raisons pour laquelle aujourd’hui, nous sommes fiers de vous annoncer la publication de notre livre:

« Les aventures de Takoumi,

saison 1,

la traversée de l’Atlantique ».

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Vous pouvez d’ors et déjà le commander aux éditions « Edilivre » à l’adresse
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Il y a même un extrait en téléchargement disponible sur la page de commande !

Nous espérons que vous et vos amis y retrouverez ou découvrirez avec plaisir les articles du blog que nous avons obstinément écrits et mis en ligne depuis notre départ jusqu’à notre pause cyclonique dans un port de Guadeloupe.
Ce livre est l’incontournable support mémoriel que vous aimerez présenter à vos invités quand vous évoquerez notre odyssée.
Ce volume peut également se révéler très pratique pour caler une armoire.

Nous souhaitons vous prévenir qu’hormis la correction de quelques fautes d’orthographes et une sélection drastique des photos qui se révèlent de piètre qualité à l’impression, le contenu reprend sans ajouts ni bonus les articles du blog que vous pourriez avoir exhaustivement déjà lu.

… Nous vous l’accordons, notre contribution à l’art et à l’histoire est autrement plus modeste qu’un ensemble de peintures rupestres, nous espérons néanmoins que quelques uns des rares exemplaires vendus survivront aux inondations, aux bûchers de la prochaine inquisition et à l’inexorable altération par le temps pour en retrouver au moins un, au crépuscule de notre existence, au hasard d’un étal de brocante.