Le voyage de Takoumi

Saison 3

Archives par auteur: Olivier

Mais nous ne sommes pas vraiment rentrés directement …

Quitter notre maison, nous l’avons déjà fait, mais quitter notre bateau, notre Takoumi, c’était un peu plus dur …

… Alors, autant pour le fun que pour se changer les idées, autant profiter d’être sur le continent nord américain pour rendre visite à une partie expatriée de la famille et une autre vielle gloire française … je veux dire celle qui éclaire le monde : Lady Liberty.

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C’est donc à New York, la grosse pomme, que nous posons nos valises pour une escale improvisée. Dans un premier temps, nous sommes particulièrement apathiques, sans doute rincés par l’expérience du « déménagement » et la préparation/mise en vente du bateau et il nous faut reprendre des forces.

Que ce soit au restaurant Coréen ou à la maison …

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Heureusement, sous l’impulsion énergique d’Otillia, notre belle sœur, nous retrouvons un peu de « peps » pour repartir à l’aventure et redécouvrir cette ville que nous aimons beaucoup.

Et pour commencer, c’est en … bateau que nous atteignons Ellis Island et la Statue de la Liberté. Incorrigibles avez-vous dit?

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De retour sur la terre ferme, nous traversons Manhattan pour rejoindre Chinatown pour le déjeuner. Chemin faisant, nous nous arrêtons un instant devant le monument de Ground Zero. Il n’y a pas à dire, transformer l’emplacement d’un gratte-ciel disparu en une gigantesque fontaine où l’eau s’écoule de toutes parts pour s’évacuer dans un puis profond est particulièrement impressionnant. Ce monument donne un sentiment de verticalité là où règne désormais l’horizontalité.

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Trêve de flâneries, l’ultime étape de l’excursion du jour est Chinatown, le quartier chinois où nous espérons retrouver un extraordinaire restaurant aux multiples étages bondés de clients où notre ami Yann nous avait amenés quelques années auparavant. Peine perdue pour le déjeuner, nos souvenirs font défaut. Toutefois, nous retrouvons avec plaisir l’ambiance de ce quartier haut en couleurs où les habitants se retrouvent dans les parcs pour d’interminables parties de dominos dont nous ne comprenons pas les règles mais dont nous mesurons l’extrême importance à la vue des mines sérieuses des observateurs.

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Après cette première randonnée urbaine, nous ne faiblissons plus et l’attrait de New York se maintient les jours suivant car nous avons, à dessein, réservé pour la fin, deux quartiers emblématiques de Manhattan :

Le premier, Central Park, m’évoque irrésistiblement le film « Hair » tiré de la comédie musicale éponyme 😉 et … John Lennon :-( . Curieusement d’ailleurs, car cela aurait pu être « Kramer contre Kramer », « Une journée en enfer » ou « Coup de foudre à Manhattan » mais … non …

Toujours est-il qu’il est vraiment génial d’avoir su sauvegarder au cœur d’une des plus grandes villes un espace vert aussi grand et aussi animé de la vie de ses habitants.

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Le second objectif du jour, un peu plus au sud du parc quant on descend sur Broadway, celui où je ne manquerai jamais de faire une visite à l’occasion, celui où j’arbore mon plus beau sourire de gamin à chaque fois que je me plante en son centre … Times Square !

Il nous est même arrivé une année où nous n’étions qu’en transit, de quitter l’aéroport dans les 4 heures entre nos deux avions pour venir y déjeuner. Publicités, verticalité, activité, culture et inculture mélangées dans un condensé d’exubérance pour représenter la vie de la ville … un must ! Par contre, beaucoup moins de vendeurs ambulants de hot dogs cette année, alors que nombre d’entre eux semblent s’être sédentarisés dans d’autres lieux, disséminés un peu partout aux alentours des parcs de Manhattan.

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Retourner sur ses pas, c’est bien, c’est confortable, c’est aussi une manière d’évaluer sa propre progression à l’aune de celle de lieux qui évoluent eux aussi. Nous ne limitons pourtant pas notre séjour à un pèlerinage « NY revival », les jours précédents, nous avions déjà découvert ce qui avait changé depuis notre dernier passage avec le quartier du « One World Trade Center ». Mais nous avons aussi découvert de nouvelles places, de nouveaux parcs qui nous avaient échappés jusque-là, pourtant à deux pas …

C’est le cas de Bryant Park et de la « National Public Library » attenante. Si la bibliothèque nationale de NY n’évoque pour vous que « Benjamin Gates et le livre des secrets » ou « L’Agence », rassurez-vous, c’était pareil pour moi … Ceci dit, la visiter me fait penser que si le patrimoine américain est beaucoup moins ancien que les châteaux de la Loire ou la Chapelle Sixtine Florentine et, de fait, que son histoire est beaucoup plus récente, les conservateurs locaux s’engagent sur les pas de l’ancien continent pour préserver ce qui peut l’être.

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Nous devons la découverte de Bryant Park, le parc attenant à la bibliothèque au volet social de notre visite, au cours de laquelle nous avons le plaisir de retrouver brièvement Pierre, l’un de nos plus anciens amis et Simon, une des dernières recrues de notre réseau d’amis disséminés dans le monde.

En plus, Bryant Park est vraiment une belle découverte, un endroit très agréable, animé et calme à la fois. Un autre écrin de sérénité au cœur du brouhaha.

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Nous voilà rendus à la fin de notre escale à New York et quelques jours n’ont pas été suffisants pour découvrir ou retrouver tous les quartiers qui méritent de s’y intéresser. Vous l’avez sans doute compris, nous adorons cette île et croyez-nous, s’il n’était si compliqué de s’y installer, c’est bien l’un des endroits où nous aimerions poser nos valises dans les années à venir. Ce n’est, et de loin, pas le seul de notre périple … mais quand même.

C’est aussi la fin de ce voyage et par conséquent le – presque – dernier billet de ce blog. Pour quelque temps, nos aventures se conjugueront au temps de « l’hexagone ». Nous en toucherons un mot dans notre prochain et ultime article.

Floride flâneries

La saison passée, la descente des îles de Floride avait été menée tambour battant pour cause de retard sur le planning de navigation. Cette année, nous quittons Key West avec la ferme intention d’en profiter et de découvrir de nouveaux endroits.

Comme annoncé, le premier jour de la remontée est exempt de vent. La bonne surprise viens de l’absence de pluie … elle aussi prévue.
C’est ainsi que nous rejoignons presque intégralement au moteur notre première étape. Le sanctuaire de Looe Key, un reef en limite de hauts fonds au large des Big Pines Key où l’année dernière nous avions eu peine à trouver un ancrage. D’ailleurs, ce champs de bouées en pleine mer n’est pas notre objectif d’origine, mais comme nous sommes désireux de profiter le plus possible du sanctuaire marin, nous nous y installons pour la nuit au prétexte de poursuivre notre exploration du récif au lendemain matin.
Si la mer salue notre décision en nous accordant une nuit confortable et peu agitée, le ciel nous punis de notre témérité en déchaînant au dessus de nos têtes la foudre et les ondées et je ne peux m’empêcher de penser que cette nuit d’orages est une bien singulière mise en jambes pour notre invité. Au moins les travaux entrepris au Panama ont-ils portés leurs fruits dans la mesure où la cabine avant reste désormais sèche.
Nous y faisons de belles rencontres avec la faune, car si le récif est peuplé de poissons coralliens, il héberge aussi au moins un requin de taille raisonnable ainsi qu’un poisson géant (ou Mérou Goliath) auprès duquel un nageur humainement proportionné se sent immanquablement tout petit, vraiment tout petit !

Je conserve de l’étape suivante, qui nous mène à Marathon, l’image de grandes étendues d’algues couleur rouille-orangée qui, jusqu’au plus prés, ressemblent à si méprendre à d’improbables langues de sables où les oiseaux viennent se reposer. Persuadé de courir à notre échouage, j’en évite un nombre certain avant de me rendre compte qu’il est tout à fait possible de les traverser.
L’escale, au sein du champs de bouées de la marina publique, est un havre de paix. Le plan d’eau est calme et l’excellent restaurant « Fisheries » subvient à nos besoins solides et liquides dans un décors de fin d’après-midi baigné par les derniers rayons du soleil couchant.

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Globalement une merveilleuse escale, si ce n’est l’accès trop peu profond du bassin : Si l’entrée se fait sans douleur, mais avec un peu d’anxiété tout de même, la sortie est se montre nettement plus retorde et il nous faut 3 essais avant de trouver un cheminement compatible avec notre tirant d’eau … une épreuve stressante dont nous nous passerions volontiers au début d’une nouvelle journée.
Les locaux de la marina sont curieusement agencés avec une pièce d’accueil commune de la taille d’un entrepôt sobrement mais confortablement aménagé avec de nombreuses tables, des alcôves « télévision » équipées avec de bon fauteuils et d’autres zones réservées à la lecture.
Intérieurement, Manuela et moi sommes un peu chagrin de ne pas pouvoir en profiter plus longtemps, mais il en va des équipiers « terriens » comme des voitures de location : Il faut bien respecter le planning et les ramener en temps et en heure à l’aéroport 😉

Peu de choses viennent troubler notre navigation « brise Perkins » jusqu’au mouillage de Lower Matecumbe Key dont nous avions déjà profité l’année passée. Par contre, parfait exemple des souvenirs qui subliment les lieux visités, j’avais en tête une image très naturelle de cette côte alors qu’en fait, la petite portion de mangrove au devant de laquelle nous mouillons est très sévèrement encadrée par la civilisation.

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Nous plaçons la journée suivante sous l’augure des manœuvres de marine « qu’il est bien d’expérimenter mais qu’on ne fait jamais parce qu’il conviens aussi de s’économiser » 😉
Comme nous disposons d’une paire de bras supplémentaires, autant en profiter pour établir le génois tangoné au portant que je regrette de ne pas avoir utilisé plus souvent et empenneler une seconde ancre au mouillage que je suis bien heureux de … ne pas avoir eu à utiliser avant.

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Ce que je retiens de cette technique qui consiste à ajouter une ancre sur la chaîne de mouillage, c’est, dans notre cas présent, son inutilité … Nous bataillons et jouons les gros bras une heure durant dans un vent soutenu pour le voir radicalement mollir dans les minutes qui suivent la fin des opérations. Il y aura bien pas mal de pluie dans la nuit, mais rien qui justifie la mise en œuvre d’une technique de mouillage sensée maintenir fermement le bateau par 40 noeud de vent et plus de 10 mètres de fond.
Au moins pouvons nous dire avoir empennelé une fois au cours de trois ans de voyage, parce qu’en ce qui concerne le mouillage de Rodriguez Key, il est mal protégé, mal pavé, inintéressant et même pas joli.
Nous le quittons sans regret au matin pour pointer sur un superbe récif dont l’exploration nous distrait de ce mouillage utile mais pas inoubliable.

Cet arrêt de jour au Carysfort Reef étanche notre soif de paysages remarquables. A l’ombre d’un phare vieillissant semblant régner sur une étendue de brisants, la faune sous-marine se révèle extrêmement riche de poissons divers et colorés qui frayent entre les coraux.

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Après un si bel endroit, c’est une grande déception qui nous envahit quand notre tirant d’eau nous interdit l’accès du Caesar Creek Inlet où nous avions repéré un mouillage au sein d’un étroit bras de mer entouré par la mangrove. La frustration double d’intensité quand le premier choix alternatif se révèle impraticable pour cause de bouées de mouillage présentes sur les cartes mais absentes dans la réalité. Nous nous décidons finalement pour un pis-aller acceptable le long de la côte atlantique de Elliott Key. Exposé à l’Est et au Sud, l’endroit ne paraît pas des plus serein mais se révèle tout à fait fréquentable en l’absence de vent et de houle, prodiguant au petit matin une mer d’huile comme nous n’en avions pas vue depuis longtemps.

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Cette mer (presque) sans rides nous accompagne jusqu’à « No Name Harbour ». Cette escale est attendue car elle nous est conseillé par Sam, illustrateur et navigateur à New York, élevé pour partie en région parisienne et que nous avions rencontré au Panama en compagnie de son titi parisien de cousin. Souvenez-vous !

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Toujours est-il que l’endroit, au sein du parc naturel de Key Biscayne, est ravitaillé par les corbeaux et nous décidons de compléter notre exploration en annexe.
La promenade est longue, plus que de raisonnable, mais elle nous amène à découvrir un banc de sable squatté par d’innombrables « party boat » qui s’amoncellent dans un même endroit, véritable maelström de coques en plastique, de bruits, de musiques et de chair aviné.

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Qu’elle soulagement après cette vision populaire de découvrir à deux pas de là un bras de mer tranquille où s’ébattent paisiblement un couple de lamantins que nous avons tout loisir d’observer.

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De retour à notre mouillage, nous filons profiter du restaurant et profitons du soleil couchant pour entreprendre une visite du parc assortie de l’observation des inénarrables raccoons (raton-laveurs locaux).

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Nous repartons dès le lendemain pour emprunter les waterways. L’idée de traverser Miami par les canaux résonne comme une promesse de grattes-ciels gigantesques aux milieux desquels nous emprunterions un canyon de béton et de verre. Hélas, les canaux ne traversent pas la ville en son centre et sont situés plutôt loin derrière les ensembles urbains du bord de mer, ne laissant aux regards des passants qu’une succession de zones tantôt industrielles, tantôt résidentielles, bien moins impressionnantes mais intéressantes tout de même avec finalement un bon nombre de petites îles inhabitées où il ferait bon se poser si nous en avions le temps et le bateau approprié.

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Une seconde journée consécutive dans les waterways nous amène jusqu’à Fort Lauderdale, port de débarquement de notre invité et présumée ultime escale du voyage de Takoumi.

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Toutefois, comme « présumer n’est pas réalité », nos aventures ne s’achèvent pas vraiment là et de notre découverte de Fort Lauderdale au baroud d’honneur de Takoumi, il nous reste encore quelques belles perles a conter.

La clef des Keys

La première fois que nous avons découvert Key West, c’était par la terre voilà 7 ans de ça et nous avions détestés … Surpeuplée et bruyante, nous avons fuit illico presto pour retrouver le calme et la sélénite d’Isla Morada, une autre île des Keys.

Autre temps, autres mœurs et autre point de vue. Lors de notre passage par la mer à Key West l’année dernière, nous avons re-découverts et enfin visités un village animé, confortable et accueillant. Seule grosse ombre au tableau de cette escale, les mouillages éloignés du centre et des commerces ce qui combinés avec l’annexe à rames nous avait un peu fait galerés et parcourir d’innombrables yards (la mesure de distance pédestre impériale) de routes vides et désolées.

Cette année, a l’issue d’une dernière nuit de navigation compliquée, nous avons optés pour le confort de la Marina afin de préparer au mieux la remontée des Florida Keys et accueillir le plus confortablement possible un invité désireux de partager quelques bords à bord avant notre ultime escale prévue à Fort Lauderdale.
Cette option, dispendieuse s’il en est, nous révèle enfin Key West telle que nous l’avions toujours espéré : accueillante et facilement accessible. L’accès direct aux douches et magasins ainsi qu’aux innombrables bars et restaurants transforme l’expérience que nous avions de cette petite ville balnéaire pour en dissiper les nuages qui assombrissaient notre soleil d’explorateurs.

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Même les formalités, généralement rebutantes, deviennent « presque » un plaisir grâce à la bonne humeur de l’officier qui nous reçoit … l’un après l’autre, car il est interdit de pénétrer le bâtiment du « Customs and Border Protection office » avec un téléphone portable.

Dès le premier après midi, nous accueillons donc Flavien, notre invité, qui remontera vers le nord avec nous. Seule ombre prévue au tableau de ce périple, la météo s’annonce calme, très calme et … humide, voir orageuse. Qu’à cela ne tienne, même si le vent est absent, il reste le voyage.

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Peter , Peter … c’est Wendy … es-tu aux courants ?

Au matin du départ de Grand Cayman, la météo reste incertaine et l’heure du départ repoussée petit à petit de 9h à 13h, non sans que ce retard ne soit mis à profit pour une sérieuse séance de nettoyage de l’annexe.

Finalement, nous quittons le mouillage presque simultanément avec les copains de Peter Pan, le sister-ship de Takoumi. En mon for intérieur, je souris de constater à quel point il est motivant de voir des amis appareiller : Il ne nous faut que quelques minutes pour décider de suivre leur exemple alors que la navigation qui s’annonce sera d’au moins 5 jours et que les tergiversations ont durées la matinée entière 😉

Nous naviguerons donc de conserve … moins d’une demi journée. En effet, William est convaincu que son salut est dans le Gulf Stream. Il a sans aucun doute raison dans la mesure où son objectif est de rejoindre le Mexique. Pour notre part, atteindre ce tapis roulant des océans requiert un détour de 120 milles dans l’ouest au minimum, à l’opposé de notre destination. Il nous faudrait un bonus de 2 nœuds par heure pendant 60 heures pour ne serait-ce que rattraper ce déficit et enfin bénéficier d’un bonus. Donc, comme Takoumi remonte bien au vent dans ces belles conditions, nous décidons de conserver notre route nord pour viser la pointe Ouest de Cuba … au plus court.
Et ce n’est pas sans un pincement au cœur qu’à 19h le jour même, nous constatons que nous perdons le contact avec Peter Pan quand Aurélie tente de nous contacter à la VHF … Sa voix hachée et presque inaudible ne nous permet même pas de savoir si elle nous entend. L’éloignement nous fait irrémédiablement perdre le contact et plusieurs tentatives d’appels les jours suivants n’y changeront rien.

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Le jour suivant, toujours dans des conditions idéales, Manuela s’en prend de nouveau aux poissons qui peuplent ces abysses. La partie de pêche se solde par une victoire éclatante de ma co-capitaine qui nous remonte une dorade coryphene de pas moins de 76 centimètres !
Belle prise, mais pas sans contrepartie … au cours de l’affrontement, défendant âprement son déjeuner, Manue perd l’équilibre et effectue une galipette involontaire et incontrôlée qui l’amène cul par dessus tête du pont arrière au fin fond du cockpit, plus d’1 mètre en contrebas sans jamais lâcher sa canne.
Nous pouvons en sourire a posteriori, mais sur l’heure, je n’en mène pas large. Quand j’assiste à la culbute, je vois ma féroce moitié rebondir d’un banc à l’autre et je crains qu’elle ne ce soit brisé le cou. Mais Manuela n’est pas que volontaire et déterminée, elle est aussi implacable et se relève derechef pour terminer et remporter la lutte.
Elle en sera quitte pour quelques semaines de douleurs et de séances pommade-Voltarene. J’hésite beaucoup à faire la blague « Franchement, la connaissant, si j’avais du dire qu’il s’agissait d’un accident, qui aurait pu me croire ? », mais le coup est passé si près de la punition que je n’en ai pas le cœur.
Ceci dit, madame dorade ne perd pas complètement la bataille, par delà son trépas et notre délicieux déjeuner, elle nous expédie aux toilettes réfléchir à notre crime.

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Nous laissons ces événements, et l’inconfort intestinal, derrière nous la journée suivante pour un autre temps notable de notre traversée. Comme nous nous retrouvons harassés par la chaleur et encalminés dans une grosse bulle sans vent, nous entreprenons l’activité baignade en pleine mer. Je ne laisse pas passer cette chance car je sais que c’est l’une de nos dernière occasion de vivre ces instants intenses de se baigner loin de tout et surtout du fond de la mer à plusieurs kilomètres sous nos pieds. C’est toujours un moment mélangé d’excitation et d’inquiétudes dont nous ne lasserons jamais.
Aucune mauvaise aventure ne vient perturber ce moment de bonheur et nous reprenons notre route rafraîchis et disposés à batailler avec le vent d’Est qui nous cueillera dès que nous aurons dépassé la pointe de Cuba.

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Justement, la pointe Ouest de Cuba me réserve une surprise. Nous y étions passés de nuit lors de notre descente et j’avais imaginé une côte accore dessinée par des falaises rocheuses. De fait, je me suis bien trompé et le véritable paysage se révèle être une plage tout ce qu’il y a de plus caribéenne avec son décor arboré … légèrement décevant. Je souris encore de cette méprise due à mon imagination et me demande s’il vaut mieux ne pas revenir sur ses pas et conserver intacts les mythes forgés par notre imagination et les circonstances du moment.

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Cette étape franchie, nous entamons notre bord final de remontée vers Key West, face au vent et aux vagues que l’Atlantique amène jusqu’au golfe du Mexique.
Bien que les conditions soient un peu plus difficiles, je goûte avec bonheur chaque instant de ce qui devrait-être nos deux ultimes journées de navigation réellement hauturière et, surplombant le pont de Takoumi et la mer, je me laisse aller par moment à la mélancolie nostalgique d’une aventure qui touche à sa fin.

 

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Vous reprendrez bien un peu de Carthagène ?

Au retour de notre périple terrien, notre premier objectif est de nous occuper de remplacer nos batteries que quatre jours de charge à quai n’ont pas sauvées.

Alors, comment dire, trouver des batteries de services en Colombie est un peu comme la chasse aux champignons; Il faut marcher beaucoup et les premiers que l’on trouve ne sont pas forcément «ni bons, ni même comestibles ». Qui plus est, la batterie de Colombie est un gibier réputé rare et cher.
De fait, nous nous triturons les méninges deux jours durant pour comprendre les absconses spécifications locales des batteries, plus deux autres journées à écumer de long en large les rues de la ville, trouvant notre bonheur en quelques minutes seulement après avoir louvoyé entre les propositions inadaptées et les professionnels compétents mais dépourvus de stock.
C’est aiguillé par un électricien auto que nous dénichons les perles rares derrière l’improbable comptoir de « Multielectricos ». Le patron sait de quoi il parle, sait de quoi nous avons besoin et … dispose d’un stock plus que nécessaire. Vous n’imaginez pas notre soulagement quand il nous présente nos deux nouvelles batteries d’un orange flamboyant … Du coup, nous les ramenons illico-presto en taxi et les installons dans la foulée. Pressés que nous sommes de découvrir notre nouvelle autonomie qui a encore augmentée dans cette affaire … D’après mon beau frère Andy qui nous a été d’une aide précieuse dans ces recherches, nous pouvons électrocuter la moitié de l’océan avec ces monstres technologiques susceptibles de délivrer 1800 Ampères pendant 5 secondes :-) Mais bon, nous allons autant que faire ce peux éviter ce genre de bêtises.

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Le reste de notre séjour à Carthagène des Indes est une agréable poignée de journées passées à profiter confortablement d’une ville que nous avons déjà découverte et dont nous connaissons les quartiers que nous préférons et les restaurants que nous apprécions.

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Ainsi, nous retournons à plusieurs reprises à Getsemani dont l’animation nocturne, les restaurants et les stands de street-food nous attirent toujours autant.

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Nous profitons aussi des journées pour retourner au cœur du vieux Carthagène où nous nous laissons flâner d’une place à l’autre.

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Nous poussons même la caricature du touriste à visiter deux musées :
Celui de l’Inquisition dont le principal intérêt est le bâtiment lui même et ses cours ombragées.

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Et le musée naval, qui se paie le luxe d’être plus exhaustif que le musée d’histoire en ce qui concerne l’historique de la ville … mais dont le clou de la visite est la reconstitution de l’intérieur d’un sous-marin et de la passerelle d’une frégate militaire moderne où je retrouve une Manuela hilare, dans un moment confinant à l’enfance, touchant à tous les boutons et manettes à sa portée (vraiment tous).

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Ces quelques jours ont rechargé nos propres batteries aussi sûrement que celles de Takoumi et pleins d’entrain nous préparons notre départ qui s’annonce un poil agité, eu égard aux conditions de navigation pour s’éloigner de la côte Colombienne qui présagent souvent d’être, sinon chahutés, au moins ballotés.

La revanche du Panamá

A l’issue de notre très agréable séjour aux San Blas, nous prenons la route de Carthagène des Indes, ville côtière de la Colombie.
En guise d’adieux au Panamá, nous prévoyons la première véritable route hauturière de la saison et nous nous réajustons au rythme des quarts qui se succèdent durant les 40 heures de route prévues. Face au vent et aux vagues hautes de deux bon mètres, nous allons bon train et la première nuit sur la mer des Caraïbes s’annonce bien.

Mais en mer, la confiance et un esprit serein ne protègent pas des coups du sort, et notre ultime avanie Panaméenne nous rattrape aussi sûrement et furtivement que le fauve guettant sa proie.
Au sein de cette quiétude, le glouton pilote, aidé du réfrigérateur, de tous nos instruments et lumières, siphonnent discrètement nos batteries qui sont depuis Shelter Bay notre unique source d’inquiétude bien qu’elles aient été testées bonnes pour le service par deux fois.
Les très efficaces panneaux solaires nous ayant caché toute la journée cette faiblesse latente, l’hémorragie d’énergie n’est détectée que tard dans la nuit à l’aune de l’inévitable chute de tension.

Qu’à cela ne tienne, nous pouvons bien utiliser le moteur un peu plus que de coutume pour recharger nos batteries défaillantes et poursuivre notre chemin. En plus, nous avions anticipé la manœuvre en n’emportant que peu d’avitaillement frais, nous permettant d’éteindre le réfrigérateur. Toutefois, aucun plan ne survit à la réalité du terrain et un ultime coup du sort nous place dans une situation fort inconfortable : le moteur, lui aussi, se ligue contre notre brillante échappée et décide de ne plus pomper l’eau de mer nécessaire à son refroidissement.
En même temps, difficile de jeter l’opprobe sur le sort qui s’acharne, un premier épisode « chaleureux » avait eu lieu quelques jours avant, que nous avions naïvement attribué à un simple bouchage/débouchage du passe-coque d’eau de mer par l’un des nombreux détritus dérivants aux San Blas. Une fois de plus, les événements nous rappellent qu’en bateau, il ne faut jamais ignorer les appels du pied du bateau qui a quelque chose qui le démange quelque part …

Bon, ceci dit, la situation n’est pas si critique, et dix minutes de moteur rechargent deux heures de réserve d’énergie sans que la température n’atteigne un niveau anormal de fonctionnement … Nous passerons donc la nuit et une bonne partie de la matinée au rythme de quelques recharges salvatrices.

C’est ainsi qu’en fin de matinée, frais et dispo mais au beau milieu de la mer des Caraïbes (autant dire nulle part), nous entamons une séance de bricolage dont seule la navigation hauturière nous en apprend le secret.
Bateau dérivant à la cape (position stable du bateau grâce aux voiles à contre permettant de dériver gentiment), au calme physiquement et moralement, nous changeons sans coup férir le rouet de pompe à eau avant le déjeuner. Profitant de notre confort relatif pour nous restaurer sans subir la gîte et la route.

Nous reprenons donc notre bonhomme de chemin vers Carthagène avec un moteur doublement rafraîchi et désormais enclin à compenser largement notre consommation électrique de travail comme de confort.

Quant à nos batteries, n’entretenons pas le suspens, elles seront remplacées en Colombie par deux nouveaux éléments nous garantissant encore plus d’autonomie: Deux impressionnants et pesants blocs oranges de 255Ah chacun prendront la place des batteries défaillantes, portant notre réserve totale, plus que respectable, à 510Ah. Par contre, nous raconterons plus tard comment nous les avons dénichées, ceci relevant d’une histoire … Colombienne.

Sur la plage Coco

La réussite de notre ultime halte aux San Blas est due à l’improbable enchaînement des événements, de nos choix et de beaucoup de chance.

Nous choisissons donc de nous arrêter à l’abri d’un récif du nom de Coco Banderas et les instructions nautiques désignent un lagon cerné par des îles semi-habitées comme « plus joli mouillage des San Blas ».

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Hélas, parvenus à l’endroit indiqué, les lieux se révèlent difficiles d’accès avec d’étroits chenaux sillonnant entre les bancs de coraux. Les îles semblent un peu plus habitées que nous l’espérions et quelques catamarans occupent déjà la place. En général, nous aurions fait fi de ces menus désagréments pour nous installer crânement au point qui nous semble le plus confortable. Mais aujourd’hui, la configuration générale du mouillage ne nous plait guère et nous préférons reporter notre dévolu sur un mouillage plus à l’ouest du récif … qui se révèle finalement bien plus à notre goût et qui mérite amplement le titre de «plus joli mouillage des San Blas … que nous connaissons».

Ceci dit, nous avons bien malgré nous pris plus de risques que ne l’aurait exigé le choix précédent pour atteindre le mouillage. Ce dernier se situe entre l’île « Orduptarboat » et deux énormes bancs de coraux affleurants qu’il convient de contourner par l’est. Mais à cet endroit, le manque de fiabilité de nos cartes électroniques (bien 500 mètres de décalage quand même) nous oblige à avancer dans ce havre à l’aide de nos seules observations. Du coup, persuadés de contourner les fameux écueils, nous passons un haut fond à deux mètre cinquante parsemé de grosses roches menaçantes.
Nous en sommes quitte pour un grand moment de solitude quand nous avançons sans savoir si la profondeur sera toujours suffisante, échaudés par le fait que le matin même nous avions touché sur un bien plus confortable banc de sable à la sortie des Holandes Cayes !
Finalement, après avoir pénétré le lagon sans encombre et jeté l’ancre nous nous retournons pour étudier sereinement la situation et constatons honteusement que nous sommes en fait passé … entre les deux bancs !

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Mais la magie du lieu valait bien cette sueur froide. Pas un seul autre voilier à l’horizon, quelques îles pas ou très faiblement habitées, immense reef pour protéger tout ceci et bien entendu, nos deux fameux bancs de coraux que nous allons visiter derechef avec masques et tubas.

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Ce sont les plus beaux fonds que nous verrons aux San Blas. Ici, quelques variétés de coraux atteignent des tailles très respectables, abritent des poissons multicolores et égayent les roches de leur couleur orangée.
Par contre, toujours pas d’observation de Langoustes sauvages. Cette quête inassouvie reste l’une des meilleures occasions de rire avec les deux pêcheurs de l’île qui nous assurent pourtant avoir pêché celles qu’ils nous apportent à peine à un mètre de profondeur.

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Ce sera d’ailleurs une belle expérience de rencontre avec les kunas des îles éparses. Comme nous rendons visite aux femmes de la famille restées sur l’île, nous consommerons une bière fraîche en leur compagnie et aurons le plaisir d’échanger une véritable conversation.
C’est ainsi que nous apprenons que les îles semi-habitées sont en fait des réserves de cocos (la base de leur économie) que des familles sont chargées d’entretenir par la communauté en général pour une période de quelques mois.

Notre programme pour compléter notre séjour près d’Orduptarboat se compose à partir de là du très classique triptyque « repos, promenades aquatiques et exploration des autres îles proches » : Nous ne nous en lassons pas, mais la recherche des langoustes ne porte toujours pas ses fruits.

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Le jour de notre départ, nous avons la visite surprise des pêcheurs de l’ile qui nous demandent de recharger leurs téléphones portables, smartphones et enceintes bluetooth à notre bord. Nous sommes heureux de leur rendre ce service qui semble si improbable en ces lieux abandonnés des technologies et de l’information, cela malgré les nouveaux signes de faiblesse de nos batteries…

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C’est donc repus d’aventure, de découvertes et de rencontres que nous quittons les San Blas pour Carthagène, en Colombie.

Flâneries aux San Blas

Les quelques jours suivants sont une succession de mouillages idylliques entourés de récifs et de plages paradisiaques.
Nous profitons de nos observations quotidiennes pour établir une typologie primaire des îles des San Blas : Une île vierge est une plage avec autant de cocotiers qu’il est possible d’y trouver ; une île semi-habitée ne comprend que trois ou quatre huttes et une centaine de cocotiers entretenus ; et enfin, une île habitée n’héberge qu’une poignée de cocotiers survivants clairsemés au milieu d’autant de huttes qu’il est possible d’y entasser.
De loin, l’ensemble représente un décor mérité de carte postale qui fait le bonheur des documentaires culturels et des catalogues de tour-opérateurs.

De près, les pieds au sec, il existe quand même un réel problème de détritus assez déconcertant. Pas comme sur les côtes du continent, là bas, ce sont leurs propres déchets qui s’érigent en monticules. Ici, nous soupçonnons plutôt les courants et vents de la mer caraïbe de charrier jusque sur ces plages paradisiaques les rejets des îles antillaises, du Venezuela et de la voisine Colombie … même s’il est évident aussi que le progrès rattrape bien assez vite les infortunés kunas.

Aux Lemon Keys, nous mouillons en compagnie d’autres voiliers dans un lagon entouré d’îles dont l’une héberge un « hôtel – camping – pension » de « luxe ». Nous entendons par « luxe » quelques bungalows sur pilotis et un restaurant-cantine où nous ferons l’erreur de nous inviter pour un soir. Découvrant que l’essore-touriste commence à avoir lieu ici aussi.

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Heureusement, le lagon est calme et la visite des îles environnantes est un plaisant moment d’exploration.

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À l’opposé, Gunboat Isla est un autre lagon où le reef émerge très très peu. Et où nous passons une nuit isolée, à l’exception de la visite de pêcheurs kunas à qui nous achetons une langouste qu’ils sont allés pêcher pour nous, sous nos yeux incrédules. L’absence de navigateurs ici protège les fonds et nous entreprenons notre première vraie exploration aquatique de la saison avec ce reef vivant et habité bien que nous ne parvenions pas à dénicher les langoustes qui, nous en avons la certitude, sillonnent ces parages à seulement quelques mètres de profondeur.

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La navigation depuis Gunboat Isla nous réserve la joie rare de voir un bébé dauphin accompagné de sa maman nageant quelques instants de conserve avec Takoumi. Un moment magique tellement le petit mammifère est mignon.

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Retour parmi les navigateurs pour l’étape suivante. Hollandes Keys et le mouillage de la Swimming-pool, à l’abri de l’île Barbecue, est l’un des mouillages les plus connus de la région. En fait, l’île s’appelle Morodup, mais l’industrie touristique manque de respect pour les lieux qu’elle colonise. Heureusement, l’affluence est plutôt calme ces jours-ci et notre témérité à nous avancer loin dans le mouillage nous accorde une place de choix à l’abri du troupeau. Nous y restons deux nuits, pour vraiment profiter des différentes îles à découvrir dans cet archipel foisonnant.

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Morodup est très bien entretenue, mais l’accueil laisse à désirer. Nous tournons les talons dès l’absence de réponse à nos salutations et quelques mètres avant le panneau « visite de l’île, 3$ ». Autant s’appeler « île Barbecue » finalement …

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Heureusement, sur Tiadup, à l’extrémité sud du mouillage, les habitants nous accueillent les bras ouverts et sont fiers de nous présenter leur pêche (encore des langoustes) et leur artisanat (encore des molas) … et pour finir, nous invitent à découvrir leur île et les quelques secrets qu’elle recèle avec le sourire.

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Nous reprenons notre chemin dès le lendemain pour une dernière et merveilleuse étape aux San Blas.

Visite chez les Kunas

Islas Carti est un regroupement de quatre îles habitées qui nous a été conseillées par le représentant de l’autorité maritime de Marina Linton lui-même Kuna quand nous sommes allés faire établir notre Zarpe de départ du Panama. Nous y arrivons le jour de la célébration de la révolution kuna, à l’issue de laquelle ils ont obtenu une grande autonomie et repoussé l’ingérence du gouvernement Panaméen.

Nous avions bien vu des photos, mais découvrir pour de vrai ces villages est assez impressionnant : nous sommes face à des îles habitées où résistent 3 ou 4 cocotiers au milieu d’un village de cases en bambou serrées comme des sardines et qui finalement recouvrent toute la place disponible … et même un peu plus

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Désireux de profiter au mieux de la fête, nous attendons la fin d’après-midi pour nous rendre non pas sur l’île en face la plus touristique, mais sur Tupilé qui se cache derrière à la recherche d’une expérience plus véritable qu’une brochette d’échoppes de produits artisanaux.
Accueillis par des jeunes kunas et un militaire tous très sympathiques, nous apprenons que nous avons manqué la célébration qui ne se tient que l’après-midi jusqu’à 16h … et que de toute façon, ils ne célèbrent pas la révolution sur Tupilé : Il faut se rendre sur la première île pour ça … Nous sommes assez déçus de l’infortune dont nous sommes seuls responsables. Toutefois, notre guide nous apprend qu’il y aura bien des danses et des chants ce soir, mais pour une autre raison et derechef, il nous conduit à travers le village jusqu’à la « cantina del pueblo », une immense hutte commune où se tient pour l’instant la fête de la chicha, un alcool à base de maïs. En chemin un vieux du village nous interpelle pour nous rappeler les règles … Hommes et femmes séparés, chacun disposant de son entrée et interdiction de prendre des photos. Ce qui explique que quelques images illustrant ces articles ne sont pas pour une fois toutes de nous.

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En chemin, Manue a le temps de surprendre une scène où un kuna probablement ivre mort est porté par ses comparses jusqu’à sa case ; nous avons de la chance, c’est l’un des trois jours de la semaine où le chef du village, le « Sahila», autorise la consommation d’alcool.

Arrivés à la cantina, grand espace sombre faiblement éclairé par un feu empli de groupes éparses, nous sommes donc séparés et dirigés chacun vers les zones appropriées.
C’est ainsi que Manue est assise à l’autre bout de la hutte entourée de femmes kunas qui rient, boivent et fument et dont l’une, Doris, a été nommée par ses pairs pour s’occuper de Manuela.

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De mon côté de la hutte, je n’en mène pas large privé de l’officier des communications, traducteur et presque diplomate du Takoumi. Contre toute attente, je m’en sors pas trop mal et j’échappe à un gentil garçon bourré comme un coing en discutant, en espagnol s’il vous plaît, avec mon voisin dont la discussion et les explications me mettent déjà beaucoup plus à l’aise … même si une phrase sur deux passe à la trappe.

J’apprends donc entre autres choses que le groupe de femmes à ma droite se préparent pour la cérémonie, c’est bon signe, qui débutera à la tombée de la nuit … là, c’est tout de suite plus compliqué dans la mesure où le crépuscule est encore loin et que je ne m’imagine pas attendre deux heures planté sur ma chaise que le spectacle commence. Je fait comprendre par de grands signes à Manuela que nous nous retrouvons dehors pour discuter et décidons d’utiliser ces deux heures pour visiter le village et dénicher une bière pour étancher notre soif.

During the Inna-Suit celebration three woman serve an alcoholic brew to the guests. The person in the middle is the initiated girl, her body is painted in black and a red scarf is covering her head. During the celebration she is not allowed to take of her scarf and show her face. There are only about 1200 Tule people left in Colombia. They are one of the 34 Tribes in danger of extinction. Due their location in the Darien Gap near the boarder of Panama the Tule people have suffered threads from both the leftist Guerilla and the right wing paramilitary. A lot of families have left the community and moved to Panama, where most of the Tule (in Panama Kuna) people live nowadays.

Au cours de notre ballade, nous croisons une foule de gens sympathiques presque tous disposés à engager la conversation avec nous et des enfants partout qui tiennent à nous montrer qu’il savent faire le poirier .. J’hésite à me joindre à eux et me ravise, ça fait 35 ans que j’ai plus fait ce genre de choses.

Quelques instants plus tard, boisson en main sur le « muelle » du village, nous assistons à l’arrivée du pêcheur local pour vendre ses bonites 1 dollar pièce. Petit à petit en cheminant vers la cantina, nous croisons tout le village équipé de sacs qui vont acheter du poisson en courant. Quand je dis tout le monde, je ne doit pas être bien loin de là vérité, il n’y a que 45 familles sur cette île (ou 45 adultes, ou 45 habitants … Nous n’avons pas encore tranché … mais pour le chiffre 45, nous sommes sûr :-).

Dans le même temps, je vois une gamine balayer les rues en terre … cela m’interpelle dans la mesure où c’est bien la première fois que je vois quelqu’un au Panama nettoyer plutôt que de jeter des détritus … peut-être le pays y gagnerait-il à être géré par les kunas.

Avant de retourner dans la cantina, nous apprenons que la fête de ce soir est la célébration de la puberté d’une jeune fille, événement qui ici est l’occasion d’une grande fête commune. Curieusement, apprendre ça renforce chez moi un sentiment de gêne déjà présent à l’idée de ce que je ressens être du voyeurisme au sein de l’intimité de leur communauté.

De retour à la cantina, il n’y a plus grand monde, si ce n’est les chefs de l’ile les » Sahiles » qui entament une lente danse/chant/musique tribale que nous écoutons avant de repartir. Nous n’attendons pas la nuit, pour une première incursion dans ce monde étrange et si éloigné de notre quotidien, nous préférons nous éclipser avant que l’obscurité ne recouvre ce village de son voile protecteur. Attitude respectueuse, saluée par une troupe de dauphins qui viennent nous rendre visite au crépuscule.

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Redécouvrir un endroit

Je ne sais plus comment j’avais décrit la Marina Linton à notre dernier passage, mais, pour en dresser un portrait rapide, disons, 3 pontons de bonne facture devant un terre-plein avec un travel-lift flambant neuf et une station service minimaliste. D’horribles sanitaires prennent place dans un container qui fait écho à un mini-entrepôt d’accastillage. Un autre container tient lieu de bureau « provisoire qui dure » et un bâtiment en construction perpétuelle servira d’accueil … un jour.
En ce moment, le bâtiment inachevé est investi par les plaisanciers qui ont installés des bancs en plastique dans ses étages pour profiter le plus confortablement possible de l’inefficace connexion internet.
En dehors de ça et du petit monde grouillant qui lui donne vie, il n’y a rien d’autre … même le sympathique bar flottant a passé la main à la désolation après avoir épuisé 3 entrepreneurs ces 6 derniers mois.
Autant dire que si nous avions êtes dépressifs, il en aurait été fini de notre réserve de kleenex. Heureusement, nous ne nous chauffons pas de ce bois là et occupons agréablement nos 15 jours de purgatoire par de multiples promenades et découvertes.

Au premier titre de notre plan anti-sinistrose : faire la fête. Notre bonne fortune ayant programmé une soirée à Panamarina le lendemain de notre appontement, nous nous y rendons en compagnie de Pierrick que nous entraînons au fallacieux prétexte qu’il a une bonne annexe et nous une bonne lampe. Nous comprenons juste assez tard qu’il s’agit d’une soirée costumée pour éviter un accoutrement bariolé qui affuble les autres participants. Enfin … presque, Pierrick se déguisant in-extremis en improbable « Vahiné blonde » avec les moyens du bord mis à disposition par Nico. Toujours est-il que le groupe de musique est excellent pour l’un de ses premiers engagements et nous profitons de l’ambiance jusque tard dans la nuit.

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Second axe de développement personnel, nous entreprenons de découvrir la culture locale au travers des danses rituelles qui animent cette période de carnaval et c’est Pierrick, accompagné de sa charmante amie colombienne Solangel, qui cette fois nous entraîne jusqu’à « Cacique », le village voisin.
Solangel est peintre sur chaussures, colombienne et installée à Panama City d’où elle diffuse ses œuvres uniques. (mot clé : «solangelsus»).
Ceci dit, commander un taxi pour une heure précise n’a rien d’évident ici, et à l’heure dite, ce dernier devait cuver un lac de bière assoupi quelque part, car nous ne l’avons pas vu venir … Pour résoudre notre souci de transport, nous entreprenons une incursion au centre du village de Puerto Lindo à la nuit tombée et y découvrons un monde ahurissant … Les rues en terre sont remplies des habitants du village dans un maelström de musique, de street food et de bière … Les familles rassemblées devant chez eux et des électrons libres allant de groupe en groupe. Une folie au sein de laquelle nous trouvons enfin un taxi (un cousin du premier, mais moins aviné) disposé à nous emmener à Cacique.

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Cacique est un village important d’une région où l’influence africaine, nous l’apprenons à cette occasion, est particulièrement importante. De fait, l’ambiance, la musique et les danses nous transportent à des milliers de kilomètres d’ici, dans un lieu hors du temps que nous imaginions réservé aux villages du continent originel.

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La « danse du diable » est anecdotique et déstructurée en début de soirée, mais laisse la place à l’expression populaire de la séduction au rythme syncopé des tam-tams ancestraux. Et des plus jeunes aux plus vieux, tout le monde participe aux chants et aux danses sous la tonnelle du village, bien que nous remarquons que si les jeunes hommes et jeunes femmes se prêtent volontiers au jeu rituel, ce sont bien les anciens qui mènent le bal et pour les plus alertes d’entre eux, les tam-tams.


Nous quittons finalement le village en milieu de soirée, alors que la fête traditionnelle va se poursuivre jusqu’au plus profond de la nuit et que les rues en terre ne sont encore recouvertes qu’à moitié par les cannettes vides.

Le troisième acte du plan de sauvegarde de notre équilibre demeure nos folles expéditions. Si dans un premier temps nous visitons les bras de mer de la mangrove environnante, nous allons bien vite un peu plus loin … et surtout plus haut.

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À l’apogée de cette expédition, le phare Gustave Eiffel de la « Isla Grande », île balnéaire locale que nous prenons soin d’aborder un jour de semaine afin d’éviter la foule. Notre matinée, avant de trouver l’unique restaurant ouvert de l’île se compose donc d’un trajet en taxi, d’une traversée en Lancha (barque locale) et d’un trek pédestre jusqu’au plus haut point de l’île où trône le fameux phare dans son habit de rouille et de peinture écaillée.

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À ce moment là, une folle poussée de témérité nous pousse à pénétrer l’enceinte du phare et à entreprendre l’ascension du fier mais branlant édifice. Cette action aventureuse est immédiatement récompensée par une vue magnifique et imprenable sur tout l’horizon dont nous profitons quelques instants avant que les mouvements du phare induits par les fluctuations du vent ne nous encouragent à redescendre illico-presto.

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Pour le reste, le village de Isla Grande présente un peu d’intérêt par le fait qu’il est principalement touristique, et est donc un peu plus « urbanisé » que les villages du continent. Avec de nombreuses maisons prêtes à accueillir touristes et promeneurs. Et surtout, semble-t-il, enfin, un balbutiement de collecte de déchets.

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Après un déjeuner sur l’ile, nous repartons pour le continent, non sans avoir immortalisé par une photo le ponton que nous trouvons fort emblématique du Panama.

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Hormis toutes ces activités externes, les abords de la Marina ne manquent pas de nous pourvoir en occupations. Comme la partie de pêche où Manuela part seule en annexe et revient en ayant perdue sa ligne et ses crevettes-leurres magiques dans une manœuvre hasardeuse. Si effectivement les crevettes sont perdues corps et bien, nous retrouverons le fil de pêche deux jours plus tard dans l’hélice du moteur hors-bord qui tout d’un coup libéré marchera tout de suite mieux.
À l’occasion d’une lutte acharnée de votre serviteur avec nos infâmes batteries lourdes comme 4 ânes morts, Manuela, encore elle, lance l’activité « coconut » avec l’aide des deux diablotins des voisins. Ces derniers ne s’arrêteront pas à participer à l’ouverture des deux noix de coco de Manuela, mais irons en recueillir près d’une dizaine au grand dam de leurs mère, qui fera quand même bonne figure en encadrant deux jours durant ces deux enfants terribles dans ce qui restera connu comme « l’activité Coconut » ! Pas de panique, inutile de fermer vos volets, ces deux troublions ne reviendront pas de sitôt en Europe, leur parents ayant décidé de s’installer à Medellin en Colombie plutôt que de retrouver la Belgique flamande qui les a vus naître.

Une autre belle promenade nous mène également sur la isla Linton, territoire des singes que nous n’avions encore jamais osés aborder.

 

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Le reste de nos activités est somme toute assez classique, bricolages inégalement efficaces, achat de légumes aux nombreux vendeurs ambulants et point d’orgues, la réalisation de notre panneau « Amel for Sale » qui aura la charge de prévenir les promeneurs de pontons floridiens que Takoumi est à vendre.

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Nous avons aussi plaisir à discuter avec notre voisin « Alex » américain et propriétaire « par hasard » d’un magnifique outremer 55 ultralight dont nous le soupçonnons de préférer organiser les réparations plutôt que de réellement naviguer. Accompagné de Sergio, un jeune colombien ex-sous-marinier d’un calme et d’une sérénité désarmantes et véritable navigateur du navire, ils décident d’embarquer pour la Colombie autant de jeunes backpackers qu’il leur est possible. Nous les retrouverons plus tard aux San Blas et en Colombie.

Quand enfin, nous sommes prêts à partir pour les renommées îles San Blas, il ne nous restera finalement que quelques jours d’attente avant que les conditions de mer nous semblent suffisamment confortables pour affronter la remontée du vent et surtout des vagues jusqu’aux Îles San Blas.